Anna Calvi

Deux ans après un premier album d’excellente facture, Anna Calvi revient avec One Breath, histoire de confirmer ses belles promesses, pari tenu !

9 novembre 2013 Chronique

DedaleSonore | Arctic Monkeys AM
Huit ans après leur premier album Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not, les Arctic Monkeys reviennent avec AM. Enregistré à Los Angeles et produit par James Ford, ce cinquième disque clôt la métamorphose UK/US entamée par le groupe depuis Humbug. Dès les premières secondes, la chaleur du climat californien se ressent et embrase ce savoureux mélange de styles (rock, hip-hop, heavy, glam…). Pétri d’influences américaines, AM offre donc une musique beaucoup plus sophistiquée. Chronique d’un album maîtrisé de bout en bout.

AM, « comme un disque de Dr. Dre »

Tout commence avec Do I Wanna Know. Le batteur Matt Helders fait déjà des siennes et nous balance un rythme à la limite du hip-hop. S’enchaîne alors un riff monstrueux à la guitare, dont seul Alex Turner a le secret. Puis le refrain, qui vous reste en tête toute la journée… Sorti en juin, ce tube illustre parfaitement les nouvelles influences américaines du groupe. Entre rockabilly et rythmique hip-hop, cette ambiance électrique se retrouve logiquement dans le clip officiel.

Do I Wanna Know ? | Arctic Monkeys

Jeu de batterie et riff surpuissants, c’est aussi ce qui fait la force de R U Mine ?. Ce savoureux mélange fût d’ailleurs un des points de départs du disque. Mais l’influence américaine touche aussi aux paroles d’Alex Turner. En effet, l’auteur-compositeur a avoué au NME s’être inspiré de Drake et Lil Wayne pour les « lyrics » de R U Mine ?.

J’aime quand ils parlent de quelque chose, mais expliquent la réalité sur la ligne suivante.

R U Mine ? | Arctic Monkeys

Deux tubes pour introduire AM, on en demandait pas tant !

« Classic rock » et ballades « turneriennes »

L’album continue avec One for the Road, un titre qui démontre toute l’expérience des Arctic Monkeys. On retrouve en effet un peu de chaque album dans ce morceau. Chœurs aigus, rock sincopé, solo de guitare, participation de Josh Homme au vocal… Les anglais savent désormais ce qui leur correspond le plus. Comme sur Arabella, qui après plusieurs écoutes répétées devient jouissif. Ce morceau heavy à l’apparence anodine prend une telle ampleur lors du refrain… Ca décoiffe autant que du Black Sabbath ! Impossible alors de décrocher, « headbanger » inévitable.

On enchaîne avec I Want It All. Plus lent et rockabilly, ce titre frappe par l’évolution vocale d’Alex Turner. Moins attaché à ses racines, l’Anglais devient un véritable crooner. Le genre de gars qui récolte tous les honneurs aux soirées. Comme sur No.1 Party Anthem, hymne mélancolique qui rappelle la BO de Submarine. On se voit enfant, dansant un slow avec notre amour secret. Le moment semble fragile mais vous restera dans la tête toute votre vie…

Même ambiance calme sur le morceau pop Mad Sounds. Loin de la grisaille de Sheffield, les anglais touchent une sonorité west coast avec des « ooh-la-la-la » charmeurs. Une ballade loin d’être naïve et qui rappelle fortement Lou Reed.

Cerises sur le gâteau

Changement de rythme avec le tribal Fireside. Ce titre réussit à vous retourner la cervelle par son ambiance psyché. Un moment de grâce hypnotisant et envoutant. Gros coup de cœur donc, qui ouvre la voie à une autre pépite : Why’d You Only Call Me When You’re High. Tout simplement : comment ne pas fondre face à ces notes piquées et ce flow diablement entraînant ?

Why’d You Only Call Me When You’re High ?| Arctic Monkeys

Et puis là, c’est la grosse claque. Oh mon dieu que ce Snap Out of It est bon ! Piano 70’s, rythmique étonnamment groovy, refrain accrocheur… Les Monkeys nous offre un morceau soul vintage absolument génial ! Un remède contre le blues de la rentrée : écoutez ça en boucle pendant tout le mois de septembre. Vous verrez, ça ira tout de suite mieux ! Même recette utilisée sur Knee Socks avec des chœurs aigus. Ca commence à être un peu redondant… jusqu’à ce que Josh Homme vienne poser un flow disco frais comme la rosée du matin ! La rythmique s’enflamme alors et sauve ce titre.

Toutes les bonnes choses ont une fin. Pour Favourite Worst Nightmare, c’était « 505 ». Pour AM, ce sera « I Wanna Be Yours« . Le parallèle entre les deux morceaux est évident, l’un étant la version rock US de l’autre. Beaucoup de mélancolie donc, mais qui permet de finir cette écoute avec le sourire.

Loin de la nervosité des premiers albums, les Arctic Monkeys réussissent parfaitement leur métamorphose. AM adopte un ton plus sophistiqué, plus arrangé. Comme un fil conducteur, les chœurs suivent les différents styles et la voix d’Alex Turner. Audacieux, mais parfaitement réussi.

9 septembre 2013 Chronique

DedaleSonore | The National
Enfin, ils sont de retour, EN-FIN ! Trois ans après le superbe High Violet, les désormais New-Yorkais originaires de l’Ohio de The National dabarquent à nouveau dans les rayons de nos disquaires avec ce sixième album ! Un retour qui pourrait presque passer inaperçu tant celui des Daft Punk éclipse le reste… Et c’est bien dommage, même si l’on devrait se réjouir de revoir nos frenchies au sommet des charts mondiaux.

Sorti presque le même jour (le 17 mai pour être précis), ce nouveau disque des Américains vaut pourtant son pesant de cacahuètes lui-aussi. Fidèles à eux-mêmes, Matt Berninger ainsi que les frères Dessner et Devendorf nous régalent encore une fois.

A l’écoute des deux premiers morceaux mis en ligne sur la toile, Daemons et Don’t Swallow the Cap, on pouvait d’ores et déjà flairer le bon coup et ce ne sont pas les 11 autres titres qui embellissent cet opus qui vont me faire mentir. Le leader-chanteur-poète Matt (encore secondé par Aaron Dessner) est toujours aussi efficace, envoûtant et enthousiasmant en dépit de paroles aussi sombres et insaisissables qu’à l’accoutumée.

L’album nous envoie 13 nouveaux titres en pleine tronche. Treize ballades mélancoliques ou rock sur lesquelles le quintette nous régale. Après High Violet et ses plus d’un million de copies écoulées à travers le monde, la tâche s’avérait pourtant délicate.

L’entrée tout en douceur sur I Should Live In Salt fixe tout de suite les règles du jeu, Matt impose ce rythme lancinant si caractéristique du groupe. Le titre précède le premier single dévoilé sur internet intitulé Daemons que je n’avais d’ailleurs pas trouvé tellement réussi à la première écoute… Mais après une dizaine de retour au début du titre, je trouve ce morceau finalement plutôt bon (surtout la seconde partie en fait). Pour un single, on est loin des rythmiques entêtantes de Fake Empire, Mr. NovemberTerrible Love, Afraid of Everyone ou Sorrow mais on les atteint avec mon coup de coeur de l’album, Don’t Swallow The Cap. Le titre, absolument excellent, se révèle également très poignant… Matt et ses potes sont au sommet de leur art, avec cet air qui ne nous lâche plus dès la première écoute.

Don’t Swallow The Cap | The National

Sur Fireproof, on retrouve la quiétude de Matt avec ce morceau savamment réfléchi, savamment orchestré, savamment interprété, superbe. Dans un autre genre, Sea Of Love se révèle sacrément efficace avec sa batterie et ses cordes, son corps en somme (et si vous regardez le clip ci-dessous, ce n’est pas Peter Dinklage -connu pour son rôle du génial Tyrion Lannister dans Game of Thrones- qui officie…).

Sea Of Love | The National

Le reste de l’album poursuit cette dualité avec beaucoup de sérénité (Heavenfaced, Slipped, I Need My Girl, Pink Rabbits, Hard To Find) et un peu d’entrain (Graceless). Je décerne encore deux coups de cœur à This Is The Last Time, sa montée en puissance, sa descente en douceur et ses choeurs, ainsi qu’à Humiliation (les plus mélomanes d’entre vous ne pourrons d’ailleurs que constater la similitude au niveau du refrain avec Saturday Morning de Eels), un morceau simple mais tellement efficace.

Aucun doute, avec Trouble Will Find Me, The National réussit le tour de force de nous étonner encore en dépit d’une carrière de près de 15 ans… Ce groupe est une pépite, il vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher, Matt et ses potes ont encore été habiles pour nous déverser ce flot de notes et de paroles bouleversantes. Merci The National !

3 juin 2013 Chronique

Phoenix - Bankrupt! | DedaleSonore

Avec des réseaux sociaux qui ne vivent que pour les Daft Punk ces jours-ci (alors, vraie version ou fake ?), on en oublierait presque que c’est d’abord à Phoenix de faire son retour en ce 22 avril, 4 ans après leur dernier album, Wolfgang Amadeus Phoenix, auréolé à l’époque par un Grammy Award mérité.

Alors que certains s’offusquent lorsque nos versaillais préférés repartent en tournée d’abord aux USA avant leur pays d’origine, d’autres leurs répondent que la France a mis trois albums à les aimer. Idée reçue ? J’ai été dépoussiérer les vieux albums du groupe pour en avoir le cœur net, et en effet, à part deux ou trois titres ici ou là, il aura bel et bien fallu attendre Wolfgang Amadeus Phoenix pour qu’un de leurs albums atterrisse dans mon lecteur MP3. Si ce n’est pas la preuve ultime… Mais qu’en est-il de Bankrupt!, alors ?

Premiers sentiments…

Dubitatif au premier abord. Même si le groupe a passé deux ans en studio, on pourrait presque croire à de vieilles face B retravaillées tellement les sonorités sont proches de leurs précédentes réalisations. Pour autant, n’ayez rien à craindre. Bankrupt! fait partie de ces albums qui nécessitent plusieurs écoutes avant d’être pleinement appréciés. Phoenix réussit à nous transporter d’un bout à l’autre de l’album avec des titres simples, mais Ô combien efficaces. Puisque oui, rien n’est à jeter sur Bankrupt!. C’est avant tout une balade de quarante minutes, une découverte ininterrompue, une promenade d’une pépite à une autre, où aucun titre ne fait pâle figure et viendrait perturber le voyage.

Phoenix - Bankrupt! | DedaleSonore

J’ai tendance à penser que Phoenix est devenu un groupe très perfectionniste. Derrière une apparente simplicité, on ne peut s’empêcher d’imaginer les heures de travail derrière chaque titre tellement tout est parfaitement soigné. Naviguant entre la pop et l’electro, on est bien loin d’un Too Young qui sonnerait presque brouillon quand on le compare à des titres tels que Drakkar Noir ou Don’t.

…avant une écoute attentive

Plusieurs surprises sont tout de même à signaler sur cet album. Surtout une à vrai dire. Entertainment est le premier titre de Bankrupt! qu’on a pu découvrir il y a déjà deux mois. Ses sonorités asiatiques (tout comme l’esprit du clip) en ont étonné plus d’un et tranchent à coté de couplets plus softs et classiques. C’est pourtant un des morceaux les plus frénétiques de l’album, à l’image d’un Consolation Prizes sur It’s Never Been Like That.

Entertainment | Phoenix

On retrouve ensuite un Phoenix qu’on avait l’habitude d’entendre avec The Real Thing, SOS In Bel Air, puis Trying To Be Cool. La mélodie est totalement maîtrisée, que ce soit la voix de Thomas ou les riffs des guitares et claviers, et on se laisse volontiers transporter en seconde partie d’album en écoutant ces trois très bons morceaux.

Pour tout vous dire, plus on avance dans Bankrupt! et plus celui-ci prend en qualité. Passé le titre éponyme de l’album qui fait office de transition avec un excellent interlude instrumental d’au moins quatre minutes, on s’attaque à Drakkar Noir.

J’écrivais un peu plus haut que rien n’est à jeter sur Bankrupt!. En fait, si. Ou plutôt, si on devait vraiment retirer un titre de l’album, je voterais clairement pour Chloroform. Sans pour autant être mauvais, c’est de loin le titre qui me chatouille le moins les oreilles. C’est même assez ironique de voir que le nom du morceau provoquerait les même effets que le composé organique. Passons.

Et passons carrément à un niveau supérieur, puisque les trois titres qui viennent clôturer l’album en sont très certainement les meilleurs. Du bonheur, du rêve et de l’orgasme auditif, tout ça en même temps. J’ai tellement dit de bien du reste de Bankrupt! que les mots ne me viennent même plus pour décrire Don’t, Bourgeois et Oblique City. C’est simplement mieux, et c’est probablement ce que Phoenix a fait de meilleur jusqu’à aujourd’hui.

Bankrupt! LP | Phoenix

Et si Bankrupt! surpassait tout simplement Random Access Memories ?

La trajectoire musicale que prend Phoenix me plaît beaucoup et annonce un avenir radieux, à la fois pour le groupe, mais aussi (et surtout) pour nos oreilles. A côté d’un Get Lucky, qui s’il est à l’image de Random Access Memories, nous promet un retour plutôt décevant des Daft Punk, les petites pépites de Bankrupt! figureront probablement dans nos playlists de ces prochains mois. Vous devriez aimer Bankrupt! de la même manière que vous avez aimé Wolfgang Amadeus Phoenix. Ce cinquième opus joue dans la même cour que son prédécesseur, et on en redemande. Ca tombe bien, l’album est accompagné de 71 bonus tracks (oui, oui, 71). Et la bonne nouvelle, c’est que le groupe sera présent sur un bon nombre de festivals européens cet été, dont les Eurockéennes qu’on suivra comme d’habitude (Eurockéennes où l’on retrouvera aussi Cassius, dont la moitié Philippe Zdar a mixé Bankrupt!). Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire.

21 avril 2013 Chronique

AMOK | Dedale Sonore

On avait quitté Thom Yorke sur un concert avec Radiohead qui marquera à vie la mémoire de ceux ayant pu y participer. On le retrouve seul ou plutôt avec ses acolytes de la tournée Atoms For Peace, nom du groupe réunissant notre chanteur britannique, l’emblématique producteur de Radiohead Nigel Godrich, le bassiste fou-fou des Red Hot Chili Peppers Flea, le batteur Joey Waronker (Beck, R.E.M, Elliott Smith) et enfin Mauro Refosco aux percussions. En bref, une belle équipe pour former le dernier supergroupe (rassemblement de talents confirmés dans d’autres groupes) en date.

Mais peut-on réellement parler de supergroupe quand la prédominance de Yorke est totale ? En effet, Atoms for Peace constitue finalement ce que Thom Yorke veut pour sa carrière solo, soit un groupe capable (comme Radiohead) de suivre son incroyable talent. On se retrouve ainsi en présence du successeur de Reckoner, le premier album solo de Yorke. Quand on connaît le penchant franchement électro, on ne s’étonne guère de la tendance générale de tout l’album. Les rythmes déconstruits se multiplient, la pureté de la voix de Yorke se chargeant de former la cohérence globale du projet. Alors attention, la première écoute peut paraître aride et abrupte mais c’est un travail dans la durée qui est nécessaire pour déguster les volutes du groupe. On est assez loin du pré-mâché archi-commercial dont on nous abreuve sur les ondes radiophoniques. Ecoute au calme et au casque obligatoire donc.

Default | Atoms For Peace

On commence en douceur par Before your very eyes où les échos de voix fantomatiques accompagnent l’auditeur. On enchaîne par le premier single Default diffusé au public depuis septembre dernier. On est ici clairement en présence du Radiohead post-OK Computer, ambiance BladeRunnerienne en prime. En effet, les sonorités se rapprochent fortement du Vangelis du film de Ridley Scott. Ingenue continue sur le franc calme que le CD semble vouloir nous imposer quand Dropped possède une montée du tempo en invitation au déhanché. Le disque cherche d’ailleurs à nous surprendre dans cette alternance constante de temps lent et hypnotique puis rapide et fiévreux.

Ingenue | Atoms For Peace

L’ambiance devient mondiale avec Unless où des résonances d’Afrique et d’Amérique du Sud assaillent l’auditeur pour son plus grand plaisir. Le calme et apaisant Stuck Together Pieces enchaîne avec les chœurs religieux de Judge Jury and Executioner, visible moratoire politique. On arrive au beau morceau de l’album : Reverse Running, 3-4 notes se répétant à l’infini et la pureté de la voix de Yorke donnent une réussite digne des plus beaux efforts de Radiohead. Enfin, le titre éponyme de l’album, Amok, conclut et boucle la boucle dans ce retour aux voix fantomatiques entendues dans le premier morceau.

Atoms for Peace nous propose un album musicalement dense bien que court. L’électro y est roi et c’est ainsi une bonne nouvelle que cette réunion impromptue d’amis talentueux se transforme en une orgie musicale si riche.

26 mars 2013 Chronique

Steve-Mason-Monkey-Minds-In-the-Devils-Time-Album

Steve Mason est un grand artiste. Incontestablement, l’ancien leader du groupe Beta Band a cette classe écossaise que les autres n’ont pas. Avec son nouvel album Monkey Minds in the Devil’s Time, le chanteur dévoile un côté éminemment plus politique. 11 interludes sous forme de reportages viennent s’intercaler entre les 9 chansons. Ces intermèdes ouvrent les yeux sur notre climat social tendu. Ce n’est pas pour rien si le titre de cet album s’inspire d’une expression bouddhiste qui désigne « esprit inattentif »…

Ce « double album » a été enregistré à Londres avec le producteur Dan Carey (Franz Ferdinand, Django Django, The Kills…). Impossible pour l’audience de ne pas être captivée par la force que dégage Monkey Minds in the Devil’s Time. Chronique d’un Steve Mason en colère.

Un mélange entre indie et politique

Le voyage commence avec Lie Awake, une comptine pop qui remet les pieds sur Terre. La voix de Steve Mason prend tout de suite aux tripes. L’instrumentale est particulièrement soignée. On se laisse emmener tout doucement par ce récit autobiographique aux allures de poème. L’écossais impressionne par sa plume et sa justesse. On continue le périple avec A Lot of Love. Cette ballade vous offre un moment de sérénité particulièrement appréciable. Comment ne pas se sentir bien en se laissant emmener par cette voix, ce piano et ces chœurs ? La pop-soul réchauffe, c’est bien connu.

Et que dire du refrain de Lonely ? Ce savoureux mélange entre indie et gospel vous donne immédiatement le sourire. Encore une fois, le piano trouve une force remarquable. Tout se joue finalement dans une rythmique particulièrement bien établie. Si vous êtes amateur de basse, écoutez plutôt Safe Population. Uniquement instrumental, ce titre a un groove dévastateur. On s’imagine en hiver, le froid rougissant nos joues. On se tape les mains pour se donner un peu de chaleur.

Mon coup de cœur, c’est sans aucun doute Seen It All Before. Cette chanson vous absorbe dans un univers délicieusement flou. La voix se fait plus mystérieuse, les chœurs plus entêtants. Steve Mason est un songwriter hors-pair, maniant avec délicatesse les mots pour nous faire réfléchir. Il sait aussi se faire plus sombre, comme sur From Hate We Hope.

Passant de l’ombre à la lumière, Oh My Lord marque la transition de l’album. Ce titre pop à l’apparence anodine capte instantanément l’attention. Impossible alors de décrocher de cette mélodie et de cette voix puissante. C’est le tube de Monkey Minds in the Devil’s Time.

Oh my Lord | Steve Mason

L’album continue ensuite avec Never be Alone. Lent et aérien, ce titre a un riff de guitare dévastateur. Les instruments se conjuguent à merveille. On est déboussolés par tant de mélancolie. More Money, More Fire est quant à lui un virage hip-hop particulièrement bien maîtrisé. Avec MC Mystro en featuring, ce titre évoque la période noire où les banlieues faisaient face à la brutalité policière. Le synthé « alarme » ajoute une ambiance menaçante jouissive… Les cuivres présents sur le morceau Fire! sont eux aussi addictifs. Un petit côté Kasabian ressort de ce morceau.

Sorti en 2012, le single Fight them Back révèle un Steve Mason charismatique. La ligne de basse vient avec douceur s’ajouter aux délicieuses cordes. Du grand art…

Fight them Back | Steve Mason

Avec Towers of Power, l’écossais nous propose sa vision d’une manière plus dansante. Durant seulement 1’39, ce titre réussit immédiatement à frapper notre oreille. Changement d’ambiance particulièrement bien produit donc (Dan Carey a travaillé pour Hot Chip, et ça s’entend). L’album se termine avec Come to Me. Cette fin optimiste suggère de trouver son âme soeur pour pouvoir réfléchir sur le passé :

There is no point replacing, there is no point in chasing, there is no point defacing, there is no point erasing you

Monkey Minds in the Devil’s Time est un album riche qui ouvre au débat. Avec une musique agréablement variée, Steve Mason donne sa vision d’une génération marginalisée. Les mélodies sont justes et les paroles touchantes. Cet opus sonne comme une révolte. Que dis-je, une révolution.

21 mars 2013 Chronique

Isaac Delusion | DedaleSonore

Aujourd’hui nous allons parler d’un petit groupe français bien sympathique qui a sorti il y a quelques temps un EP des plus rafraîchissants, parfait pour oublier les froideurs hivernales et divaguer spirituellement vers les rivages ensoleillés de quelques plages paradisiaques. Ce groupe s’appelle Isaac Delusion et jeu de mot regrettable abondant de mon stylo virtuel, nous n’avons pas de désillusion quant à la réussite de l’ensemble. Principe de l’EP oblige, le tout est court. Les cinq morceaux le constituant sont pourtant d’une efficacité certaine. Nous avons ici affaire à de l’électro planante, aux sonorités proches de groupes comme The Cinematic Orchestra ou encore Telepopmusik. La voix du chanteur se rapprochant quant à elle de celle de Patrick Watson dans l’évidente sérénité qui s’en dégage. Les échos de voix caractérisants par ailleurs le reste des morceaux.

Purple Sky | Isaac Delusion

Ainsi, Early Morning peut être vu comme la représentation musicale de cette entre-deux poétique du passage jour/nuit, moment où la vie s’éveille et s’éteint. Vient ensuite Purple Sky à la douceur apaisante, double-voix mélancolique aux suaves senteurs, la plus grosse réussite à mon sens du CD. C’est ainsi sur ce morceau que les agréables relents de Patrick Watson se font le plus ressentir. On retrouve une voix féminine sur Transistors, l’inspiration étant plus à chercher du côté de l’easy-listening (dont l’un des grands représentants fût St-Germain il y a quelques années) puis le refrain de Supernova se fait plus grave mais un rythme à l’electro-funk dansante termine le titre sur un enthousiasme plus certain. Ce titre reste malgré tout anecdotique en comparaison des franches réussites que sont les quatre autres morceaux. Enfin, l’EP son conclut sur une guitare répétitive aux accents bossa-nova avant une bascule vers une frénésie électronique des plus réjouissantes (Sand Castle)

Transistors | Isaac Delusion

Isaac Delusion propose avec Early Morning un EP savoureux, agréable aux oreilles et fecondeur d’imaginaire(s). Le groupe se pose ainsi en successeur de Telepopmusik en représentant d’une french-touch légère. La formation fait déjà un beau bout de chemin car une tournée aux Etats-Unis vient de s’achever pour elle. On leur souhaite d’aller très loin ! Et toujours plus d’infos sur leur page Facebook

18 mars 2013 Chronique

DedaleSonore | Django Unchained

Quentin Tarantino aurait du être DJ ou du moins rendre sa playlist publique, il en va d’un geste pour l’humanité. Film après film, l’Américain marque ses fans aussi bien par la qualité des histoires qu’il porte à l’écran que par les musiques qui les accompagnent. Si bien que 20 ans après, tout le monde se souvient de Chuck Berry et son You Never Can Tell dans la mythique scène de danse de Pulp Fiction entre Uma Thurman et John Travolta ou de Misirlou de Dick Dale toujours dans le même film. Tout le monde se souvient également de Battle Without Honor Or Humanity de Tomoyasu Hotei qui a servi la cause de Kill Bill. Et j’en passe… Tarantino sait apposer mieux que quiconque à chacun de ses films un univers musical bien particulier qui nous permet de les identifier.

Django Unchained, dernier né de l’esprit fou du génial réalisateur ne déroge pas à la règle et propose quelques morceaux du feu de Dieu. Entre Django, chanson éponyme du film, Freedom d’Anthony Hamilton et Elayna Boynton, du Johnny Cash ou encore l’excellent Who Did That To You de John Legend, Tarantino nous plonge cette fois dans les ambiances blues du Sud des Etats-Unis et folks des westerns américains. Symbole de cette atmosphère, un titre marque véritablement le film, Too Old To Die Young de Brother Dege.

Too Old To Die Young | Brother Dege

La folk du morceau et la puissance qui s’en dégage scotche immédiatement le spectateur à son siège. Tarantino a encore eu du flair en trouvant cette pépite. Cette pépite, c’est aussi bien le titre en lui-même que son interprète.

Brother Dege aka. Dege Legg (à prononcer Deej – Legest un artiste atypique. Bien loin d’être ultra-connu (sa page Facebook ne compte que 2000 fans pour le moment), le chanteur a néanmoins réussi à tirer profit de l’ultra-médiatisation du dernier Tarantino pour se faire un petit nom sur la toile. Originaire du sud des Etats-Unis, théâtre des aventures de Django et du « docteur » Schultz, Dege Legg s’est inspiré de cet univers gorgé d’histoire(s) pour composer ses titres chez lui, en Louisiane.

C’est qu’avec son album, Dege arrive à nous retranscrire l’atmosphère de cet Etat profondément marqué par l’histoire de France. Un Etat américain (depuis 1803 et sa vente par Napoléon Bonaparte) violent, victime des affres de la ségrégation raciale de la fin 19ème et du début 20ème et des exactions du Ku Klux Klan et de ses groupuscules (en parlant de ça, je ne peux que vous conseiller de voir l’excellent Mississippi Burning).

Un Etat qui a également joué un rôle majeur dans l’histoire de la musique américaine à l’instar de ses voisins, le Mississippi et l’Alabama, le blues -chanté dans les champs de cotons- étant un pur « produit » local avant de s’étendre sur le territoire américain. Cela a son importance pour Dege qui retranscrit dès les premières notes de Hard Row to Hoe -premier titre de l’album- son penchant pour le genre. Et avouons-le, ça dépote. La gratte et la voix du bonhomme ne font qu’un, le rendu est excellent. Entre brutalité et mélancolie, Dege arrive à nous faire rentrer dans son univers en deux-deux. La voix profonde de notre « Américain aux cheveux longs » nous transporte, si bien que rapidement, on se croirait aussi bien dans la nature hostile des marais cajuns en compagnie de ses alligators qu’en train de chevaucher un mustang en direction des grandes plaines de l’ouest américain.

Pour entretenir le côté brut et nature de ses titres, Dege Legg a d’ailleurs commencé à enregistrer ses morceaux, dès 2009, dans des endroits pour le moins atypiques (cages d’ascenseur, champs, maisons abandonnées, etc.) avant de perfectionner ça chez lui pour une sortie d’album, un an après, en 2010.

Black Is The Night | Brother Dege

Pourquoi tout ce laïus me direz-vous ? Pour vous recommander d’écouter sans plus tarder cet artiste pardi ! Les 10 titres tantôt folk, tantôt blues s’écoutent rapidement et s’enchaînent sans problèmes. Outre la géniale Too Old To Die Young, chanson phare de l’album mis sous les projecteurs par Tarantino, j’ai un vrai coup de coeur pour House Of The Dying Sun et sa montée en puissance crescendo, assurément l’un des titres de l’album. A ne pas négliger non plus : The Battle Of New Orleans et ses solos de grattes, le riff prenant de Dead & Gone, le très « Black Keysien » The World’s Longest Hotdog, la ballade d’Old Angel Midnight ou le très bon Black Is The Night qui ponctue l’album. En fait, tout vaut le coup et ça serait vraiment bête de passer à côté de cet artiste encore très (trop) peu connu. Pour rectifier le tir, vous pourrez trouver ci-dessous le disque dans son intégralité avant de vous rendre sur sa page Facebook. Un seul bémol tout de même, après écoute, vous aurez sans doute envie de partir vers les terres sauvages des Etats-Unis…

13 mars 2013 Chronique

Matthew E. White - Big Inner | DedaleSonore

Matthew E. White est un melting-pot à lui tout seul. Ce grand barbu au look d’hippie folkeux est pasteur dans une église du sud des Etats-Unis. Semblant tomber du ciel, le talentueux arrangeur jazz n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Il a en effet déjà fait ses preuves avec le groupe The Great White Jenkins.

Matthew E. White a maintenant décidé de voler de ses propres ailes. Enfin presque… Accompagné par un big-band de trente musiciens, il a enregistré ce premier album dans son grenier. Big Inner est attendu pour le 25 février 2013 sur le label Domino.

Déjà disponible en digital, ce LP rayonne par ses 7 titres soul à l’ambiance spirituelle. Pendant 40 minutes, la petite voix du natif de Manille vous guide dans des ballades bucoliques… un style très particulier qui apporte un nécessaire vent de fraîcheur.

La messe commence par One of These Days, une jolie soul ralentie. Le mélange des cordes et des cuivres opère tout de suite. Les choeurs aux voix angéliques se fondent parfaitement dans la masse. La comptine pourrait presque avoir des allures de Beirut. Comme le groupe américain, Matthew E. White réussit à nous emmener dans un décor somptueux. On retrouve les thèmes de l’amour et de Dieu, évidemment.

L’amour, c’est ce qui revient aussi dans le très bon Big Love. Complètement décousu, ce titre impressionne par l’éventail d’instruments utilisés. Entre les cuivres joueurs et l’ambiance joyeuse, on se croirait dans un piano-bar au bord de la mer (cf. les mouettes au début de la chanson). Ou alors dans un saloon rempli de chanteuses gospel, à voir.

Big Love | Matthew E. White

Big Inner continue ensuite son périple avec Will You Love Me. Plutôt mélancolique, cette chanson auto-biographique se veut aussi naïve. Comme si elle était le fruit d’un adolescent mal dans sa peau. Le voile vaporeux de l’introduction s’envole au fur et à mesure des secondes. Il laisse la place à une grande prière folk qui réveille nos âmes.

Will You Love Me | Matthew E. White

Gone Away est plus que touchante. Écrite la nuit où son jeune cousin est décédé, cette chanson marque par sa langueur et sa sensualité. La timide voix de Matthew E. White cache un profond cri de l’intérieur, une détresse inconsolable. Cependant, le songwriter rend l’atmosphère plus proche d’un baptême que d’un enterrement.

On retrouve vite la joie de vivre avec Steady Space. Une certaine énergie pastorale se dégage de ce titre, une chaleur inédite. A la première écoute, on ne sent pas tout de suite la très bonne ligne de basse. C’est plutôt le piano dynamique qui nous envoûte. Mais peu à peu, la pudeur s’échappe et on rentre dans l’univers presque féerique de l’américain.

Steady Space ⎪ Matthew E. White

Avec Hot Toddies,  le charismatique pasteur réussit l’exploit d’arrêter le temps. Frappant comme une complainte, ce morceau a tout ce qu’il y a de plus touchant… Pourtant, 2 minutes avant la fin de la chanson, un gong retentit. Changement d’ambiance puisque l’on rentre alors dans le psychédélisme. Cette nouvelle identité se rapprochant étrangement des rituels vaudous, Matthew E. White n’a pas fini de nous surprendre !

L’album se termine avec Brazos, du nom du fleuve texan Rio Brazos de Dios (« Fleuve des Bras de Dieu« ). Pendant 10 minutes, on ne sait plus trop où on est. « Jesus-Christ is our friend » est répété sans cesse, comme pendant un ensorcellement. L’instrumental est particulièrement bien travaillé pour qu’on ne sache plus sur quelle planète nous vivons. Drôle de sensation pour ce final !

Big Inner est un premier album extra-terrestre. Influencé par Randy Newman, le pasteur délivre des chansons lentes et mélodiques. Les orchestrations jonglent entre folk et soul, les paroles entre foi et amour. Tout cela est finalement inclassable, mais c’est ce qui fait la beauté de ce LP. Pour voir Matthew E. White en live, rendez-vous à Paris à la Flèche d’Or le 3 avril 2013.

15 février 2013 Chronique

DedaleSonore | Foal

Troisième album des Foals, Holy Fire, littéralement, le feu sacré, annonçait dès la découverte des deux premiers morceaux -Inhaler et My Number- mis en ligne par le groupe, quelque chose de brûlant et de virevoltant. Onze nouveaux titres du quintette anglais à déguster, presque trois années après la dernière fournée de leur excellent album Total Life Forever ! Autant dire que le moment était attendu avec impatience par tous les fans de la formation et de son leader Yannis Philippakis.

Immédiatement reconnaissable, Foals s’est forgé une identité sonore propre depuis Antitodes, premier des trois albums du groupe sorti en 2008. Impertinent dans son rock et loin des standards du genre, le groupe prend le meilleur des technologies actuelles pour offrir à son public un son propre, énergique voire puissant. Album après album, la montée en régime s’opère. Lorsque Antitodes nous tenait très vite en haleine avec quelques titres plus qu’efficaces contribuant à la renommée du groupe (Cassius, Olympic Airways ou Baloons), Total Life Forever annonçait déjà un changement de style auquel j’ai totalement adhéré par ses titres parfois plus froids, plus calmes et plus subtils (Spanish Sahara, This Orient, 2 Trees). De la même manière que Radiohead, le groupe a cette faculté à passer des titres percutants à ceux beaucoup moins dansants en un rien de temps.

Inhaler | Foals

Annoncé depuis le 19 octobre via leur page Facebook, Holy Fire a réussi pendant plusieurs mois à jouer avec les nerfs d’un public impatient à l’idée de se délecter des nouveaux titres proposés par le groupe. Le premier amuse-bouche auquel nous avons eu le droit, Inhaler, en novembre dernier, laissait percevoir un album rageur et ravageur. Le clip nous faisait découvrir un univers brutal mis en lumière par Yannis et sa troupe. La chanson dénote immédiatement avec leur(s) précédent(s) album(s), la gratte, la basse et la batterie crachant avec vigueur un son très rock. S’en est suivi en décembre la sortie de My Number, beaucoup plus groovy, beaucoup plus Foals. Un titre que j’adore et que je place parmi les meilleurs de l’album.

Avant ce 11 février fatidique et la sortie du disque, nous devions donc conjuguer avec un style puissant et nouveau d’un côté et un autre fidèle au groupe d’Oxford. De quoi nourrir quelques interrogations sur ce que la galette nous réserve.

Mais très vite, aux premières notes du presque instrumental Prelude, on imagine déjà la bonne pioche qu’est ce nouvel opus de Foals. Génialement orchestré, ce morceau aux sons lointains donne immédiatement le ton. L’enchaînement avec Inhaler et My Number est excellent, la brutalité de l’un compensant l’enthousiasme de l’autre.  Et la suite ?

My Number | Foals

Bad Habit nous envoie des notes connues qui me rappellent l’atmosphère générale de Total Life Forever. Le titre se veut posé, presque aseptisé pour le coup bien que la pop qui s’en dégage reste efficace. Dans la même veine, Everytime plaira aux fans du groupe avec son refrain entraînant et ses notes dansantes. Assurément un des meilleurs titres de l’opus. Late Night s’affiche comme le Spanish Sahara de l’album précédent avec sa montée en puissance progressive. Mais lorsque ce dernier était pour moi l’un des meilleurs morceaux de Total Life Forever, force est de constater que Late Night ne lui arrive malheureusement pas à la cheville.

Out Of The Woods reprend parfaitement les codes du groupe anglais. Bénéficiant d’une réelle harmonie sonore, le titre convainc. Milk & Black Spiders joue également sur le registre de la montée en puissance au fil des minutes tandis que Providence nous balance quelques bonnes notes de grattes, de basse et de batterie dans la figure pour un morceau plus brut façon Inhaler. Le disque s’achève sur le formidable et lancinant Stepson et la ballade mélancolique de Moon.

Avec Holy Fire, Foals ravive la flamme trois années après sa dernière sortie. Forts de leurs mélodies reconnaissables parmi mille, les membres du groupe anglais s’aventurent ici sur un chemin parfois tortueux (et torturé). Alternant entre la violence d’Inhaler et de Providence et la douceur de Stepson et Moon, le troisième album des Anglais joue sur deux registres antinomiques et confirme que le groupe monte toujours un peu plus en puissance au fil des années. Forcément, tout n’est pas encore parfait et certains morceaux pourraient être rapidement oubliés mais force est de constater que la formation mérite sa place parmi les meilleures de la scène britannique actuelle. Trois dates sont prévues cette année du côté de Paris -deux sont déjà complètes et la troisième sera programmée au Zénith de Paris le 12 novembre- en plus de celles programmées à Lyon et Lille en mars prochain. Dépêchez vous de prendre vos places, les billets s’arrachent très vite et Foals en live, pour avoir déjà vu le groupe, c’est vraiment bon. Plus d’informations sur leur page Facebook et leur site officiel.

12 février 2013 Chronique

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