[Live Report] Radiohead @ Zénith Europe, Strasbourg

DedaleSonore | Radiohead

DedaleSonore enchaîne les concerts cette semaine puisqu’après la venue de Tindersticks à la Laiterie samedi 13 octobre, nous avons eu la chance de venir applaudir Radiohead et Caribou au Zénith Europe 4 jours plus tard !

Radiohead (UK) + Caribou (CA)
16 octobre 2012
Zénith Europe, Strasbourg, France

Changement de décor donc, nous avons mis de côté l’éternelle Laiterie pour nous rendre dans le vaisseau amiral de la culture à Strasbourg, le Zénith (le plus grand de France, faut-il le rappeler). Il est vrai que la venue du groupe mondialement connu qu’est Radiohead ne pouvait s’imaginer dans une salle de 1000 places… Délaissons donc notre lieu musical bien aimé pour nous rendre dans le mastodonte objet réalisé par Massimiliano Fuksas (pour l’anecdote  notre cher Italien y voit une lampe d’Aladin… A vous de juger). La jauge de spectateurs décuplée, ce sont ainsi 10 000 fans cosmopolites (au bas mot) de nos Anglais préférés qui convergent vers un Zénith en proie, comme d’habitude, à de monstrueux problèmes d’accès. Le temps de trouver une place sur les coups de 19h45, de rentrer dans l’enceinte, de se rendre aux stands et nous voilà dans une salle remplie à moitié pour le moment (fosse et gradins compris). La chaleur interne contraste avec la froideur externe (de 5° dehors on passe à 25°-30° à l’intérieur). La fosse étant à moitié remplie, un vrai dilemme se présente pour tout nouvel arrivant : se retrouver loin de la scène ou admirer le spectacle visuel qui s’annonce du haut des tribunes ? Le temps de réflexion est plutôt court car le Zénith ne rigole pas avec l’horaire, il est 20 heures précises et Caribou lance déjà les hostilités. Un show qu’on suivra finalement des gradins.

Du Caribou en entrée…

Caribou en première partie, voilà qui s’annonce exaltant. L’électro des Canadiens nous a déjà convaincu sur le blog puisque nous avions parlé du dernier album du leader intellectuel Dan Snaith, Docteur en mathématiques, l’année dernière. Autant dire que la formation nord-américaine était un hors-d’oeuvre parfait pour les oreilles mais également pour les têtes et les guibolles, le groupe étant un véritable agitateur de jambes. Les batteries frappent l’air ambiant, le sol remue en rythme. Un met visiblement dégusté par une partie du public seulement puisque tout le monde n’a pas goûté à l’électro psychédélique du groupe… Et pourtant avec seulement 4 morceaux mais de longue durée, des effets visuels en béton et une rythmique de batterie tonitruante, il y avait de quoi être enthousiaste. Il est ainsi bien difficile de retenir un dodelinement de la tête, proche parfois du coup de lapin. Les deux morceaux phares du groupe, le génial Odessa et Sun (qui a bénéficié d’une version rallongée) ont été joués face à un public mollasson, clairement là pour venir admirer Thom Yorke et sa bande, une petite déception qui nous a vite décidé à migrer vers la fosse entre les deux shows. Dommage, la boîte à sons qu’est Caribou méritait un meilleur accueil. Ce qui est sûr, c’est que la soirée sera portée par l’électro, ce que Radiohead nous confirmera rapidement.

L’ambiance des tribunes étant très en-deçà de celle de la fosse, c’est par une habile translation horizontale et un mouvement de serpent que nous nous retrouvons placés à droite, à une quinzaine de mètres de la scène. En attendant le début du concert, nous avons eu le droit à quelques numéros d’équilibristes des techniciens qui préparaient la scène du groupe britannique. A la vue de la multitude d’éléments de décor et des instruments sur scène l’impatience grandit au fil des minutes. 21h15, les lumières se tamisent, le public retient son souffle, des applaudissements commencent à se faire entendre, des cris aussi, ça y est, place à ce que tout le monde attendait depuis des jours, des mois voire des années, Radiohead dans la capitale européenne !

… Avant l’explosion musicale

Les membres du groupe arrivent au compte gouttes suivis par un Thom Yorke qui arborait son look queue de cheval/barbe. Les cris jaillissent rapidement, nous faisant oublier le peu d’enthousiasme déclenché par Caribou. Thom déambule déjà sur scène et nous envoie un premier uppercut avec Lotus Flower, l’un des meilleurs titres du dernier disque. A peine la musique lancée, on s’aperçoit que la scénographie est impressionnante, mieux : MONUMENTALE ! En effet, ce sont 12 panneaux électroniques qui tombent comme par magie du plafond du Zénith. A cela s’ajoutent 6 panneaux en hauteur (sur lesquels défileront même des codes QR), un immense mur de lumières en fond de scène et des diodes multicolores autour de tout cela. L’effet du rendu est explosif. C’est ainsi au fil des chansons que ces panneaux lumineux s’organiseront, danseront sous nos yeux ébahis, le tout est simplement hallucinant ! Hallucinant tout comme le fait de se dire que Thom Yorke, l’une de nos idoles est à quelques mètres de nous seulement et se déhanche de cette manière si singulière juste devant nos yeux. Radiohead ne laisse rien au hasard, tout est orchestré magnifiquement, les instruments magnifiant la voix si nette et si typique de Thom Yorke. La première salve lancée nous laisse baba, Lotus Flower est l’un de ces morceaux qui nous prend aux tripes et nous laisse KO debout. Deuxième salve, Bloom laisse dorénavant place à un décor teinté de bleu, Jonny Greenwood seconde le batteur Phil Selway en s’éclatant lui aussi aux percussions. Tout est tellement parfait, les notes fusent et se rencontrent avec aisance, d’une efficacité implacable.

Come back en 2007 avec 15 step de l’album In Rainbows. Sur ce morceau les 12 plaques en LED, véritables marionnettes mécaniques suspendues s’alignent pour former un plafond sous lequel les membres jouent, grandiose (et à découvrir dans les bonus) ! Radiohead a décidé de mettre les moyens pour sa tournée avec ce show époustouflant aussi bien visuellement que musicalement. On enchaîne avec Kid A, Staircase, le rock de I Might Be Wrong (une belle surprise d’ailleurs puisque le morceau a été très peu joué sur cette tournée) et le planant The Gloaming qui laisse place à un décor vert devant lequel Thom se déchaîne et danse sans s’arrêter sur tout le morceau. Après Separator de leur dernier album, Thom se dirige vers le piano pour nous interpréter le touchant Videotape. Sa voix est tellement parfaite qu’on est très vite transporté dans le monde de Mister Yorke, la chanson est très touchante et nous donne de vraies émotions à l’instar du titre qui suit, Nude. Radiohead nous berce, nous entraîne dans le rêve jusqu’à ce que celui-ci devienne éveillé avec le remuant Full Stop, nouveau morceau joué pour la première fois en juin dernier. Morceau excellent soit dit en passant. Reckoner, le virevoltant Planet Telex (un « vieux morceau » dixit Thom Yorke puisque le titre figurait en effet sur l’album The Bends sorti en 1995), le génial There There, le psychédélique Feral et le dynamique Bodysnatchers ponctuent la première partie du show devant un public conquis qui porte aux nues la bande de Yorke. Les quadragénaires nous ont éclaboussé par leur classe et leur talent durant un peu plus d’une heure, si bien que le public réclame ardemment le retour du groupe mythique. Après quelques minutes d’attente au milieu d’une foule qui appelle sans cesse le groupe, les musiciens reviennent tour à tour sur scène pour nous asséner leur coup fatal.

La douceur et la beauté de Give Up The Ghost puis d’Exit Music (For A Film) pour débuter n’est qu’un leurre… Thom délaisse sa guitare acoustique (qui nous faisait rêver à un Karma Police) pour Weird Fishes/Arpeggi qui précède le formidable Magpie et un Street Spirit de toute beauté. Ca y est, le public flanche face à un tel spectacle, les cris de joie et les applaudissements font écho dans une salle éblouie par la beauté du show et la prestation des Anglais.

Mais c’est qu’ils sont malins, alors que certains prennent la poudre d’escampette pour rejoindre au plus vite leur voiture, les techniciens préparent à nouveau la scène pour le fabuleux National Anthem qui pourrait bel et bien faire office d’hymne national tant le public vibre à l’unisson sur les notes de grattes et de basse d’Ed O’Brien, Jonny Greenwood et Colin Greenwood. Le morceau a bénéficié d’un traitement particulier pour la France puisque des extraits de reportages télévisés français ont été samplés en arrière fond, démentiel. Le clavier refait ensuite son apparition au centre de la scène et Thom commence à jouer les premières notes d’Everything in Its Right Place, c’est tellement bon que l’on aimerait rester avec la formation anglaise toute la nuit. Hélas, le concert va sur sa fin sans que Creep, Karma Police, Paranoid Android ou Idioteque n’aient été joués…

Mais encore une fois le groupe nous surprend, Jonny revient seul sur scène, se met derrière son synthé et là, l’inattendu se produit ! Les première notes d’Idioteque sont crachées par les enceintes, « Ho My God » dirait Janice dans Friends. Le public virevolte, sautille, l’un des meilleurs morceaux de l’histoire musicale est interprété devant nos yeux grand ouverts. La scène se pare pour l’occasion d’une robe bleue/jaune du meilleur effet, Thom s’éclate comme à son habitude sur le morceau, bouge dans tous les sens, magnifie encore un peu plus un morceau déjà tellement parfait. Les effets visuels sont juste impressionnants et nous amènent jusque dans un état de transe. Ca y est, les membres repartent les uns après les autres sous les applaudissement nourris des spectateurs, Mama Mia, que c’était beau.

Voir Radiohead dans une vie, ça n’a pas de prix. La formation anglaise a forcément suscité beaucoup d’attente chez nous comme pour le reste des spectateurs. Il faut dire que la venue du groupe en Alsace était un évènement à part entière qui a motivé tous les amateurs de musique de province (le groupe ayant fait 2 Paris-Bercy) mais aussi d’Allemagne, de Suisse, d’Espagne et d’Italie… Une attente légitime à laquelle la bande de Yorke a répondu de la meilleure des manières. A l’aise sur scène, comme toujours, les membres du groupe ont offert un show haut en couleurs au public. Reprenant leurs classiques (puisque tous leurs morceaux sont des tubes, il est forcément difficile de créer une setlist qui convienne à tous), dégageant une énergie communicative et offrant un spectacle visuel brillant, voilà comment un groupe seulement connu à ses débuts pour Creep (qu’ils devaient en plus jouer à la fin pour que les spectateurs ne quittent pas la salle) a réussi à faire chavirer de bonheur 10 000 spectateurs. Merci pour tout Radiohead, on vous aime !

Bonus

Des vidéos du concert traînent déjà sur la toile. On remercie les preneurs d’images, c’est génial !

Intro + Lotus Flower | Radiohead (live au Zénith Europe de Strasbourg)

15 Step | Radiohead (live au Zénith Europe de Strasbourg)

Idioteque | Radiohead (live au Zénith Europe de Strasbourg)

Nude | Radiohead (live au Zénith Europe de Strasbourg)

Gallerie