Retour sur…
Les origines d’Interpol
(#2)

Interpol dedalesonore

Le passage à l’année 2012, programmée selon la prédiction Maya comme étant la dernière année de votre vie je vous le rappelle, n’est plus qu’une question de jours. Si l’on risque de se souvenir de cette année comme l’on se souvient de 2001 pour les tristes évènements de New York, de 2003 pour le début de la guerre en Irak et sa canicule, de 2006 pour le coup de boule de Zidane, de 2008 comme le vrai début d’une crise financière qui n’en finit plus et de 2010 pour le fiasco de l’équipe de France en Afrique du Sud (vous noterez, au passage, le poids du football dans l’actualité), vous feriez bien d’assimiler l’année 2002 à la sortie du premier album d’Interpol, Turn On The Bright Lights. Avec notre deuxième Retour Sur…, nous tenons à rendre hommage à ce groupe qui, 10 ans après, s’est fait un vrai nom dans le paysage musical. Retour sur les origines du succès.

Interpol, drôle de nom de scène pour ces 4 musiciens New-Yorkais qui ont choisi d’adopter celui de cette fameuse organisation policière internationale basée à Lyon. The Big Apple, mégapole de près de 20 millions d’habitants recèle de talents puisque, outre le groupe qui nous intéresse, The Strokes, The National ou encore TV On The Radio ont également fait leurs gammes récemment dans les salles de la ville. Formé en 1997 par Daniel Kessler, le groupe s’est constitué autour de Paul Banks, chanteur et symbole de la formation américaine, qui voit graviter autour de lui Daniel Kessler donc (guitariste et voix), Carlos Dengler (basse, clavier) et Greg Drudy (batterie), remplacé dès 2000 par Sam Fogarino. Les 4 Américains à la vingtaine bien trempée sont encore dans l’ombre des groupes mythiques qu’a vu naître NYC: The Velvet Underground ou The Ramones en tête. Le chemin à parcourir est semé d’embûches pour Paul Banks et ses acolytes puisque le groupe aura du attendre 3 EPs pour qu’un premier label, Matador Records, s’intéresse enfin à eux. Après 3 premiers petits disques qui ont accouché de PDA, NYC et Roland, c’est l’heure de la consécration pour Interpol qui en 2002, grâce à Matador donc, sort enfin son premier album intitulé Turn On The Bright Lights. Comparé par certains à Joy Division, Interpol se fait doucement un nom dans le milieu musical grâce à cet album accueilli par une critique dithyrambique.

Le magazine Rolling Stone le classe 59ème dans le classement des 100 meilleurs albums de la dernière décennie, Pitchfork Media le distingue du titre honorifique de meilleur album de l’année 2002 et le classe à la 20ème place du classement des 200 meilleurs albums des années 2000

Si toutes ces distinctions ne manquent pas d’éveiller la curiosité des mélomanes, Interpol se place désormais comme l’un des groupes montants de la scène New-Yorkaise. Cet album puise dans les nombreuses ressources du genre Indie-rock pour nous proposer quelque chose de frais qui n’a pas pris une ride 10 ans après.

L’album commence sur les chapeaux de roues par Untitled, morceau presque entièrement instrumental et véritablement « kiffant ». Le rythme monte crescendo aux sons de la seule guitare de Daniel Kessler d’abord avant l’arrivée progressive de la batterie de Sam Fogarino et la basse de Carlos Dengler. Comme un cheveu sur la soupe, la voix de Paul Banks s’ajoute au milieu du titre avant que celui-ci baisse en intensité de façon decrescendo offrant un vrai parallélisme entre les deux parties du morceaux.

Obstacle 1 | Interpol (JTV Live, 2010)

Obstacle 1, résolument plus rock commence là encore aux seules notes de guitare de Paul cette fois-ci. Le morceau s’affiche comme l’un des plus aboutis de l’album tant l’orchestration, certes simple, est efficace. C’est également la première fois de l’album où l’on entend vraiment la voix profonde et très étrange de Paul (sensiblement similaire à celle de Tom Smith, leader des Editors). NYC, beaucoup plus calme raconte les tribulations d’un jeune homme dans la capitale Nord Américaine, si NYC est une abréviation commune à New York City, le titre signifie ici New York Cares. PDA, 4ème morceau de l’album ressemble en de nombreux points à Obstacle 1, la présence vocale de Paul est restée, les riffs simples de guitares, la profonde basse de Dengler et la batterie de Fogarino aussi. Daniel Kessler accompagne Paul lors des refrains avant d’achever la chanson après une partie instrumentale. Avec une structure similaire, Say Hello To The Angels est peut être ma chanson préférée de l’album. Interpol crée un alliage parfait entre les guitares de Paul et Daniel et la basse de Carlos qui se ressent vraiment dans cette chanson. Hands Away, morceau beaucoup plus noir, met en avant le côté dark d’Interpol. Essentiellement instrumental, le titre est marqué par la présence de violons et la voix venant des « entrailles » de Paul. Obstacle 2, Stella Was A Driver et Roland forment un superbe triptyque qui met en avant tout ce qu’Interpol sait faire (et bien faire !), nous faire bouger grâce à quelques mélodies simples mais diablement efficaces. A mon sens, l’album aurait du s’arrêter là, je suis nettement moins convaincu par les deux derniers titres, The New et Leif Erikson, beaucoup plus conventionnels et pas au niveau de ce que le groupe nous a montré jusque là (après, c’est une question de goûts).

PDA | Interpol (Milan, 2007)

Quoi qu’il en soit, cet album est une vraie pépite, assurément l’un des meilleurs de la dernière décennie et sans aucun doute le meilleur d’Interpol même si Antics (2004) s’en sort également très bien avec son fameux titre Evil. Après plus de 10 ans de carrière, Interpol, dorénavant dans la cour des grands -ils ont même assuré la première partie de U2 à quelques concerts- continue de nous régaler et de nous offrir des titres bien composés et joliment interprétés par un Paul Banks qui s’est également essayé à une carrière solo (sous le nom de Julian Plenti). Après un dernier album éponyme plus décevant, le groupe a perdu Carlos Dengler, bassiste émérite qui a souhaité tenter l’aventure solo lui aussi. Nul doute que le groupe New-Yorkais saura à nouveau rebondir et nous offrir un disque aussi enthousiasmant que ce premier album.

Retrouvez le superbe Turn On The Bright Lights ci-dessous ou sur Spotify. Et pour plus d’informations sur le groupe, voilà leur site officiel ainsi que leurs pages Facebook et Myspace.