Bilan des Eurocks 2012 | Rain Rock !
A partir du moment où on cherche les éléments, les éléments nous trouvent. C’est la leçon que l’équipe DedaleSonore retiendra de cette 24ème édition des Eurockéennes de Belfort. A force de vouloir “chroniquer les artistes, albums, concerts, morceaux et vidéos qu’ils faut absolument écouter ou regarder avant la fin du monde”, la fin du monde finit par arriver, et plus vite que prévu. Après près de 60 concerts d’artistes hétéroclites, tantôt célèbres, tantôt en passe de le devenir, le Malsaucy prendra un peu de temps pour revenir à son état pré-Eurockéennes. Néanmoins, malgré les conditions climatiques désastreuses – nous y reviendrons – le festival a battu des records avec pas moins de 100 000 visiteurs !
«Cette édition va rester dans les mémoires, c’est l’édition de tous les records», s’est réjoui le président du festival de la presqu’île du Malsaucy, Jean-Marc Pautras. «Nous avons battu le record du nombre de festivaliers, le record de personnes au camping (17 500 campeurs) et le record de rapidité des ventes», a précisé le directeur du festival, Jean-Paul Roland. (Libération)
Bien mal en a pris ceux qui ne se sont pas rués sur les Pass 3 jours (c’est le cas de certains membres de l’équipe du blog d’ailleurs…) puisque les billets se sont arrachés à une vitesse grand V cette année. Les précieux sésames évaporés, il ne restait plus que les billets à la journée qui eux aussi (pour le samedi notamment, jour où The Cure a joué) ont très vite été épuisés.
Retour (à plusieurs mains) sur ce week-end si particulier !
Jour 1 | Vendredi 29 juin
Ce jour d’ouverture, le seul du week-end à ne pas être complet, s’ouvre sous un soleil de plomb. On apprendra par la suite qu’il a néanmoins attiré les foules : plus de 30 000 personnes, une bien belle performance. Surtout que c’est le jour qui proposait la programmation la plus faiblarde, Shaka Ponk, Dionysos ou Hubert-Félix Thiéfaine étant les têtes d’affiche principales. Nous sommes malheureusement tous arrivés trop tardivement (mais rien à voir avec l’an dernier) pour apprécier Hanni El Khatib et Art District qui se faisaient face en fin d’après-midi. Retour sur les concerts marquants de cette première journée.
Hank Williams III
Antoine | Ce groupe m’étonne tellement que je me mets à danser !
Oliv | Pour quelqu’un aimant la country, ce devrait paraître sympa mais conceptuel. Pour quelqu’un aimant le métal, ce devait paraître très conceptuel. Mais n’appréciant guère chacun de ces styles, je ne suis pas bien placé pour dire si c’est un mariage de raison que de faire ce rapprochement entre country et métal. Trop texan, mais quel bonheur de retrouver cette Plage ensoleillée. On entendrait presque la mer sans ce groupe.
Amadou & Mariam (+ Bertrand Cantat)
Antoine | Premier très bon moment de cette journée. Amadou & Mariam livrent un show vraiment professionnel, encore plus remarquable grâce à l’apparition attendue de Bertrand Cantat.
Oliv | Amadou & Mariam et Shaka Ponk programmés le même jour, ce n’était effectivement pas sans raison, on s’en était bien douté. Pas sûr que le monde présent était réellement là uniquement pour les Maliens. Pour preuve le niveau d’applaudissements obtenu par leur choriste d’un soir, plus rare qu’Amadou & Mariam au Malsaucy ; visiblement ravi d’être là, Bertrand Cantat apporte une touche d’originalité à un concert sympatique, assez dansant et festif, mais sans fougue.
Dionysos
Antoine | Mon coup de cœur de la journée ! Pour sa quatrième participation aux Eurockéennes, Mathias Malzieu a réussi à traverser tout le public en slam, jusqu’à la régie. Et elle est loin, la régie de la Grande Scène. Je suis vraiment séduit par ce showman et ce live dynamique.
Oliv | Petit passage rapide. Archi-vu, sympathique, mais ce sera pour une autre fois : jamais 4 sans 5 dit-on chez les Malzieu-Ruiz (sa compagne qui sera probablement programmée l’an prochain pour le rattraper, on ne s’avance pas trop, là).
Michael Kiwanuka
Oliv | Un concert vraiment agréable que celui du soulman Michael Kiwanuka, même si j’ai regretté sa réserve. Le contact avec le public aurait gagné à être un peu plus intense mais le concert n’en était pas pour autant désagréable. Kiwanuka et sa bande sont très talentueux et l’ont à nouveau montré, après leur album chroniqué ici même par Lucas.
The Kooks
Oliv | Ne trainant pas une réputation très glorieuse à propos de leurs prestations en live, je ne cours pas pour assister au concert de The Kooks. Me tenant à cela, j’ai été agréablement surpris par un groupe livrant un concert assez réussi, plus rock que ce que j’imaginais, électrique et assuré, soulevant aisément la foule de l’Esplanade Green Room. Je comprends désormais mieux le choix des Eurocks de leur offrir une place dans la programmation.
Näo
Oliv | Passage rapide que j’aurais souhaité plus long : Näo a été ma première surprise de ces Eurockéennes 2012, déroulant un set très percutant, faisant bouger le nouvel Club Loggia (désormais face à la Grande Scène). De l’electro-rock, avec un McBook, des mélodies et des grosses guitares. Vraiment pas mal, à écouter d’urgence.
C2C
Oliv | Agréable moment à l’Esplanade Green Room avec l’électro des quatre membres de C2C. Un spectacle de sons et lumières grandiose s’empare du Malsaucy. Arcades ouvre le bal et passe vraiment bien en live. Entre jazz et funk, hip-hop et électro, les membres de Hocus Pocus et Beat Torrent nous ont offert un moment bien plus intense que les Birdy Nam Nam l’an passé, même si bien sûr les différences sont notables entre ces formations. A noter un hommage aux Beastie Boys en fin de concert. L’ensemble est un peu propret mais très dansant.
On notera aussi…
The Mars Volta, pas si convaincant que ça, Christine, dont le set electro a fait mouche, et Shaka Ponk qui ne convainquent pas.
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Jour 2 | Samedi 30 juin
2ème jour du festival et premières galères. De mémoire de festivaliers, cela n’était “jamais arrivé”. Mais quoi donc ? L’apocalypse, pardi ! Arrivés sous un soleil radieux et une chaleur accablante, les organismes parfois fatigués souffrent. Les premiers concerts se passent sans encombres.
Django Django
Steff | Arrivé sur le tard au Malsaucy, j’ai malgré tout la chance de profiter des trois derniers morceaux du groupe Django Django (dont le tube Default). L’ambiance est pleinement au rendez-vous, le groupe assure sur scène et est promis à un bel avenir en tant que représentant de la nouvelle scène pop british (aux côtés de Alt-J et Zulu Winter). Les sonorités proches du western dont nous font profiter David Maclean et son groupe ne laissent donc personne indifférent.
Oliv | Une des révélations de l’année et une des pépites de cette édition 2012 des Eurockéennes. En ce qui me concerne, ce concert a clairement sa place dans le top 3 du week-end, j’en regrette presque de ne pas être allé les voir à la Laiterie sous prétexte qu’ils seraient aux Eurocks. L’ambiance ensoleillée a enjolivé leur electro-pop joyeuse et fraiche, le groupe partage réellement quelque chose avec le public. Mention spéciale à Defaultet Waveforms.
Antoine | Django Django a été éblouissant, une vraie confirmation pour moi.
Electric Guest
Tom | Premier concert des Eurockéennes pour moi cette année. La frustration passée d’avoir loupé Kiwanuka et El Khatib le premier jour, je me dis que je vais pouvoir me rattraper avec Electric Guest qui, avec l’albumMondo, nous a agréablement surpris au courant du mois de mai. Pour avoir déjà vu des performances live de Asa Taccone et ses acolytes, je m’attendais à quelque chose de moyen (pas mauvais mais pas exaltant non plus) et c’est bien ce qui est arrivé. Le leader du groupe bouge bien, nous entraîne sur quelques chansons connues du public (This Head I Hold) mais reste finalement assez “timide”. J’attendais un peu plus de certaines chansons notamment Amber, ma chanson préférée de l’album ou Awake par exemple. Bon, pour le premier concert, c’est quand même pas mal. A l’instar de Metronomy que j’avais vu sur cette même scène l’année dernière, je pense que le groupe passe mieux sur disque pour le moment qu’en live.
Steff | Asa Taccone et sa bande arrivent sur scène, visiblement très contents d’être aux Eurocks. Le live se déroule sans éclat particulier, le groupe ayant une bonne énergie mais leur musique passe assurément mieux en CD. Le tube This Head I Hold réussit à nous mouvoir mais cela s’arrête-là.
Oliv | Assez déçu par Electric Guest que je me faisais un plaisir de voir en live après avoir bien aimé Mondo. Leur musique est très formatée, elle en devient presque impersonnelle en live. C’est bien dommage et j’essayerai de continuer à écouter This Head I Hold et consœurs sans penser à ce concert -pour ma part- plutôt raté.
Dropkick Murphys
Tom | Le rock celtique du groupe américain attire de nombreux spectateurs. Il faut dire que c’est pêchu comme il faut. Ne connaissant qu’un ou deux titres du groupe, je n’ai malheureusement pas pu apprécier la chose comme il fallait (d’autant plus que je ne suis resté que 30 minutes). Une chose est sûre, le groupe regorge d’énergie et offre à son public une belle prestation.
Steff | Groupe de rock celtique archi-connu après avoir assuré la bande originale du film de Martin ScorceseLes Infiltrés (The Departed), la foule est donc clairement au rendez-vous de nos américains originaires de Boston et le groupe, lui, est au rendez-vous de la Grande Scène des Eurocks. Les Dropkick Murphys déploient une force rare, le public réagit sans se forcer, les pogos sont légions dans la fosse et les gens dansent avec entrain. Un vrai bon moment de rock.
Kavinsky
Antoine | Beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde à la Plage pour voir Kavinsky, je me recule pour ne pas rester avec des teenagers un peu trop irrespectueux. Le set est plutôt bien ficelé, malheureusement interrompu par un violent orage.
Apocalypse épisode I…
Le temps de rejoindre le centre de la presqu’île du Malsaucy qu’au loin le ciel s’illumine et le tonnerre gronde. Les premières gouttesfont leur apparition lorsque la plupart des gens vont se restaurer à droite et à gauche. Sur les différentes scènes, les équipes commencent à recouvrir le matériel. Kavinsky est contraint de stopperNightcall sous la huée des spectateurs. On apprend grâce aux écrans géants que le Territoire de Belfort est placé en Alerte orange aux orages par Météo France. Les consignes sont simples “éloignez vous des scènes et n’allez pas sous les arbres“, merci les gars ! Depuis que le chapiteau a été enlevé au niveau de la nouvelle scène Esplanade Green Room, plus aucun refuge n’existe au Malsaucy. Autant dire que lorsque la (grosse) averse arrive, personne ne fait le malin. Les stands éparpillés sur le festival (SFR, Coca Cola, etc.) ferment boutique, tout le monde est obligé de subir la pluie et l’orage sans pouvoir s’abriter. Les plus prévoyants avaient pensé au K-way, les autres parfois torse poil, parfois en bikini et en tong commencent à se les geler. Dix minutes de pluie intense transforment le Malsaucy en mare à canard géante. On glisse, on tombe, on est mouillé jusqu’aux os, bref, ça, c’est rock’n’roll ! Tout doucement, les bâches commencent à être retirées et l’annonce de la reprise des concerts par les organisateurs nous enchante forcément.
Miike Snow
Tom | Voilà un groupe que j’attendais impatiemment. L’électro pop des Suédois m’avait vraiment convaincue. L’arrivée du groupe sur The Wave, (mon titre préféré) me plaît, d’autant plus qu’il nous gratifie d’une version longue vraiment sympa. Je trouve que le groupe nous communique une certaine énergie. Néanmoins, après 4 ou 5 morceaux, les lueurs dans le ciel refont leur apparition, écourtant le show.
Steff | Ne connaissant Miike Snow qu’à travers sa chanson Animal (que j’adore et écoute régulièrement), je ne demandais qu’à découvrir et apprécier le reste de ses chansons qui, dans mes attentes, devaient ressembler à du Peter Gabriel plus excité. Arrivé avec la ferme intention de s’amuser, le groupe commence avec le morceau The Wave (j’ai d’ailleurs appris plus tard que c’était le tube de leur dernier album), le début du concert est très réussi et puis… le désenchantement, le groupe tendant vers une techno sous-niveau digne de tourner en boîte en mode “cerveau débranché”. L’arrivée de la pluie diluvienne qui va s’abattre sur le site coupe le groupe dans son élan. Direction, un abri et bye Miike Snow, je ne te regrette pas (un peu quand même pour un live de Animal).
… Apocalypse épisode II
Branle-bas de combat aux Eurocks où tout le monde s’active pour protéger les instruments de la pluie et de l’orage. A peine les bâches remises sur les instruments que le tonnerre gagne en intensité, voilà la deuxième salve. Et comme les organisateurs l’on dit : “ce n’était qu’une accalmie, ce sera plus violent“. Ils ont eu le nez creux en effet puisque la deuxième averse douche les espoirs des festivaliers de profiter de l’accalmie pour aller regagner la Grande Scène et The Cure tranquillement. Les rumeurs se propagent, nous annonçant l’annulation des autres concerts de la soirée. Certains sortent du site, encouragés par la sécurité, les assurant que les concerts ne reprendraient pas. S’en suit une période de confusion où personne ne sait vraiment où s’abriter. Certains trouvent des bâches, d’autres des arbres (malgré l’interdiction) mais la plupart sont en plein milieu du site, sous la pluie battante et à la merci des éclairs. Une chose est sûre, le préfet local a joué un jeu risqué mais fort heureusement, aucun problème particulier n’a été signalé. La présence sur le site de deux ministres du nouveau gouvernement : Fleur Pellerin, ministre de l’Économie numérique et Pierre Moscovici, Ministre de l’Économie, local de l’étape, a sans doute joué dans la décision de faire poursuivre la soirée.
Après 30 minutes supplémentaires de pluie intense, les concerts reprennent. La plupart de ceux qui sont sortis du site ne pourront pas revenir mais ça reprend, dans la confusion, certes, puisque certains concerts sont toutefois décalés (The Cure jouera avec près d’une heure de retard), d’autres, interrompus, ne reprendront pas (Kavinsky ou Miike Snow), et certains ne commenceront jamais puisque pour des raisons techniques les concerts de la Plage sont tous annulés (Kindness, Sebastian,…).
Le Malsaucy est devenu boueux ; à chaque pas, on s’enfonce de 5 cm, c’est vraiment horrible. Le site et les festivaliers sont en piteux état, comme abasourdis par ce déchaînement de violence climatique (on apprendra d’ailleurs le lendemain que des orages de grêle ont éclaté à quelques kilomètres du site seulement, un brin de chance dans notre malheur finalement). On se dépêche, tout le monde se dirige vers la Grande Scène où la bande de Robert Smith se produit !
The Cure
Tom | Avec 45 minutes de retard, Robert Smith et ses acolytes arrivent sur scène. Initialement programmé à 22h30, le groupe arrive aux alentours de 23h15. La clameur de la foule est énorme lorsque Robert Smith rentre sur scène. Le début du concert sur Plainsong enthousiasme la foule composée de tous les âges (des fans de la première heure aux ados élevés à Bieber). Peu importe les années, Robert Smith garde toujours cette même voix si singulière. Que le show commence ! Initialement programmé pour 2h30, le groupe, malgré son retard, tiendra 2h15 et finira son concert vers 1h35 du matin ! 28 chansons sont jouées et deux rappels effectués. Toute la discographie des Cure y passe, quel plaisir. Robert Smith sait comment faire bouger le public, j’apprécie ce moment unique. Difficile de ne pas cataloguer tous les morceaux des Cure comme mythiques mais il faut reconnaître que certaines chansons étaient plus attendues encore que d’autres : Just Like Heaven, Lullaby qui fait vibrer les foules dès les premières notes ou encore Friday I’m in Love, Close To Me ou Boys Don’t Cry toutes trois jouées lors du second rappel pour bien terminer ce concert d’ores et déjà impérissable.
Steff | Groupe mythique des années 80, ambassadeur de la new-wave (et sujet à parodie : remember La Zoubida des Inconnus pour les trentenaires), tout le monde connaît The Cure. Ainsi, c’est face à une foule énorme que le groupe arrive, quelques minutes après la grosse averse. Le public est très éclectique (c’est fatiguant l’éclectisme ! Ca y est je suis passé en mode Les Inconnus, ne faites pas attention) mais on sent la présence de beaucoup de quarantenaires souhaitant revivre leur jeunesse passée (pardon à eux). Aimant beaucoup les chansons connues du groupe, je découvre surtout un changement profond de leur style, visiblement passé du côté rock et non plus new-wave. Le concert est long, les méga-tubes arrivent au compte-goutte avant la salve finale du deuxième rappel. Un concert profondément touchant, rappel aux mémoires des anciens et découverte nécessaire pour les trop jeunes.
Antoine | Un concert exceptionnel, plein de tubes, même si la relation avec le public n’existait pas vraiment.
Mais aussi…
Frànçois & the Atlas Mountains qui a bien démarré la journée ou encore Justice qui n’a rien perdu de sa puissance scénique, clôturant la journée par un show réussi aussi bien musicalement que visuellement.
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Jour 3 | Dimanche 1 juillet
Dernier jour des Eurockéennes, les questions fusent. Des hordes de campeurs, pourtant pourvus du billet de ce dimanche complet, quittent le site pour s’engouffrer dans le premier train. Distribution gratuite de places en gare de Belfort pour les intéressés, qui ne se pressent pas au portillon. Il faut dire que la pluie a été incessante jusqu’à 15 heures, de quoi en décourager beaucoup et c’est même le cas d’un des membres du blog puisque Antoine avait décidé de rentrer sur Lyon dans la journée.
Le parking du festival et le site ressemblent plus à un terrain pour cochons que pour festivaliers. Fort heureusement, la pluie ne tombe qu’en faible quantité une fois sur le site, si bien que la seule difficulté (mais pas des moindres) réside dans le choix des chaussures voire des fringues qui vont être sacrifiés. Certains auront tout de même eu la présence d’esprit de ramener des bottes en caoutchouc (les magasins du coin ont d’ailleurs très vite été en rupture de stock !), bien sûr pour le côté glamour, on repassera, mais finalement, ce n’est pas la raison première du festival… Autre satisfaction pour les organisateurs, le marché noir aux billets contrefaits vendus plusieurs dizaines d’euros de plus que la valeur initiale s’est effondré comme un Eurockéen mal chaussé dans une flaque de boue : jamais un jour complet on n’aura croisé aussi peu de revendeurs de billets, les seuls tentant d’écouler sans y croire à l’euro symbolique des places parfois achetées chèrement encore la veille.
La programmation du dimanche était celle qui paraissait la plus alléchante sur le papier entre Alabama Shakes, POLICA, Charlie Winston, Jack White ou encore Cypress Hill. Autant dire que, malgré la météo, les gens étaient encore venus en masse applaudir les différents artistes présents au Malsaucy.
Alabama Shakes
Tom | Avec Boys And Girls, le groupe de Brittany Howard a sorti l’un des meilleurs albums de l’année 2012. C’est donc avec une certaine hâte que je me dirige vers la Grande scène, quelques éclaboussures de boue en cadeau bonus. Premier constat, peu de gens étaient là, peut-être du à l’horaire un tantinet trop avancé ou à la météo du moment. Deuxième constat, Brittany Howard a une voix incroyable digne des plus grandes stars de la soul music, Aretha Franklin en tête, j’adore. L’exercice de passer du disque à la performance live n’étant pas sans risque de déchets, je suis vraiment subjugué par la force et la maturité de la chanteuse. Hold On, I Found You, Be Mine, Your Ain’t Alone, … Tous les titres de l’album sont joués y compris un morceau inédit (je n’ai pas retenu le nom) qui nous fait également bouger comme il faut. Un concert qui me fait oublier le mauvais temps et qui s’avère plus qu’efficace.
Lore | Bien qu’arrivée en cours de concert, voilà un groupe digne d’éloges ! Dans la gadoue, devant un public hélas encore peu nombreux, Alabama Shakes sècherait presque nos petits pieds mouillés dans nos baskets inondées. Bonne prestation scénique, avec toujours la très énergique chanteuse/guitariste Brittany Howard. Un savant dosage entre soul, rock et blues qui a ouvert en beauté mon dimanche aux Eurocks.
POLICA
Tom | Autre groupe que j’attendais avec impatience, les Américains de POLICA ne m’ont pas déçus. Qualifiée de “meilleur groupe du monde” par Justin Vernon, leader de Bon Iver, la formation US a enflammé la petite scène du Club Loggia. La voix cassée de Channy Leaneagh fait mouche, les titres aussi. J’adore les interprétations de Violent Game, Lay Your Cards Out, Dark Star ou Amongster. Je suis persuadé qu’on entendra bientôt parler du groupe. Autre détail plutôt sympa, alors que les spectateurs partaient vers les autres scènes du festival sitôt le show achevé, les membres ont signé quelques autographes aux fans du premier rang. L’occasion de faire écho de la sympathie de Channy Leaneagh qui parlait également avec quelques spectateurs.
Lore | Un groupe US totalement inconnu pour moi, j’ouvre donc grand mes oreilles et prépare mes potentiels reproches. Mais non ! Bonne surprise car bien que pas forcément fan d’électro pop, le résultat est réussi. Une petite chanteuse toute mimi dans son débardeur blanc avec une voix entre Björk et les chanteuses successives de Hooverphonic, j’aime ! Et j’écoute en boucle depuis lundi.
Jack White
Tom | LE concert que j’attendais le plus de tout le festival : Jack White, ex leader des White Stripes, a sorti son premier album solo, Blunderbuss, il y a de ça trois mois, aux sonorités proches du groupe qu’il formait avec son ex-femme (Meg White). Bien placé à une quinzaine de mètres de la scène, j’ai pu en avoir plein les yeux et les oreilles. Beaucoup de monde s’agglutinait autour de la scène lorsque Reggie Watts (programmé plus tôt dans l’après-midi au Club Loggia) nous a fait un peu de beatbox en guise d’intro avant que Jack fasse irruption, entouré par cinq femmes toutes de bleu vêtues (façon hôtesses de l’air des années 60-70 de la Pan Am). Pour l’anecdote, Jack White a mis les gros moyens pour sa tournée mondiale puisqu’il dispose de deux groupes : l’un composé de femmes, l’autre d’hommes. Il choisit quelques minutes avant le début du show qui l’accompagnera sur scène. La setlist, quant-à elle n’est pas non plus arrêtée et est composée “en live” par Mr. White ! Quelques notes de batterie retentissent avant que Jack prennent en main sa gratte saturée et commence Sixteen Saltines, mon titre favori de son album solo. Et là, ça dépote ! Fidèle à son amour du rock, Jack donne tout ce qu’il a, s’amuse à jouer avec les femmes qui l’entourent sur scène et nous gratifie d’un début de concert tonitruant. Et c’est parti pour 1h30 de show ! Avant ça, Jack nous lance un petit “Hello, somewhere in France” qui fait sourire mais agace les Terrifortains… Enchaînant les titres de Blunderbuss, Mister White s’éclate, nous offre quelques solos de gratte qui ravissent les amateurs de rock élevés aux sonorités des Fender de Jimi Hendrix ou d’Eric Clapton. Face à nous, l’un des tous meilleurs guitaristes actuels qui fait dire ce qu’il veut à sa guitare, j’adore ! Love Interruption retentit, assuré par Ruby Amanfu et Jack himself. Ce dernier, aussi habile avec sa guitare que derrière son piano nous fait l’étalage de ses talents. Quand résonne The Hardest Button To Button on regrette que les White Stripes se soient dissous. Le morceau est repris en cœur par un public en transe et précède Steady, As She Goes de sa période The Raconteurs (d’où il a pioché Top Yourself et Carolina Drama, également joués) qui enflamme le public. Avant ça, une coupure d’électricité avait obligé Jack à jouer tout un titre (We’re Going To Be Friends) en acoustique avec le seul public pour l’accompagner, mythique. La fin du concert est ponctuée par l’intro de Catch Hell Blues qui précède le fabuleux Seven Nation Army que tous les footballeurs connaissent malheureusement. Si ce “po po po po popo” m’agace, il faut reconnaître que le morceau en devient mythique et que vivre ça “en vrai” est juste génial. Jack s’amuse avec le public, le laisse entonner ces accords pourtant simples mais terriblement efficaces. Je ressors de la foule des images plein la tête, à l’image du concert d’Arcade Fire l’année dernière. Que dire de plus, MERCI Jack White pour ce moment formidable. Un (tout) petit bémol néanmoins : où sont passés Blue Orchid ou Fell In Love With A Girl ?
Oliv | Très bon concert auquel j’ai décidé de n’assister qu’une bonne demi-heure pour migrer vers la Plage et Chinese Man. Ce que j’ai regretté par la suite. Je m’attendais à un Jack White bien plus hautain que ça, et surtout je ne m’attendais pas à plus apprécier les morceaux en live que sur l’album. Le regret du week-end (d’être parti de ce concert vous l’aurez compris) !
Lore | Bien que star mondialement connue, l’ex co-leader des White Stripes ne l’était pas pour moi… J’ai même d’abord cru que le chanteur était ce mec beat boxer qui a surgi en début de concert… “Honteux !” dirait Tom, mais je dois dire que sa prestation scénique a comblé cette lacune. Arrivé tout de sombre vêtu, entouré de charmantes musiciennes en kitchissime turquoise, le sosie de Sméagol sait enflammer le public qui commence enfin à ressembler à quelque chose. HELAS ! Le drame des Eurocks : deux artistes intéressants en même temps. J’abandonne donc Jack et Tom (qui mourrait sur place plutôt que de louper ça) et me dirige vers la plage pour Chinese Man.
Chinese Man
Lore | On débarque et un constat s’impose : foule dense (on est assez loin) et une scène sableuse qui présente l’avantage non négligeable d’être plus agréable à fouler que la boue couleur mousse au chocolat. Revenons au concert : des petits frenchies dont j’avais entendu beaucoup de bien sans jamais avoir écouté. Les Eurocks les cataloguent comme hip hop électro. Je rajouterais pas mal de choses : dub, reggae, pop jazz, et j’en oublie. Point positif majeur, ça donne vraiment envie de bouger, (enfin quelque chose de dansable, pas de simples hochements de tête ou de mouvements saccadés d’épaules). Du son complexe avec des références éclectiques. Une ouverture d’un morceau et hop, le groupe insère les premiers accords de piano de via con me de l’italien Paolo Conte. Et comme j’adore, tout de suite, évidemment, ça joue sur mon appréciation générale ! Pour résumer, un groupe vraiment sympa en concert !
Oliv | Un peu déçu par ces Chinese Man dont j’avais vraiment apprécié le passage à la Laiterie de Strasbourg, non pas forcément à cause de leur engagement sur scène mais plutôt à cause de notre emplacement sur cette Plage bondée, du dilemme trottant dans la tête entre Jack White et la Plage, et surtout un concert qui démontrait ce que la soirée électro de la veille aurait pu être sans les orages…
Miles Kane
Tom | Direction la Plage pour voir l’un des meilleurs rockeurs britanniques actuels avec son pote Alex Turner des Arctic Monkeys. Passer après Jack White n’est pas évident mais Miles Kane sait mettre le feu. Il fait participer le public, s’amuse avec lui, les gens répondent à ses appels, les morceaux de Colour of The Trap fusent ainsi que ses derniers singles. Le rendu est très sympa, la sono de la scène de la Plage n’est pas si désastreuse que ça et Miles Kane fait même une dédicace à Jack White en lui dédiant la chanson Inhaler. La dernière chanson du set est sa plus connue, Come Closer, jouée pendant 6 minutes environ, Miles Kane invitant le public à entonner à maintes reprises le “aaaahaaaaahaaaa“, “hooooohoooohoooo” (je ne sais pas si vous avez compris…) du refrain, on se prend au jeu rapidement et ça rend super bien. Encore un bon concert pour ce dimanche, histoire de faire un 4/4.
Lore | Après les frenchies, après les ricains, c’est le quart d’heure britannique avec Miles Kane. Du bon vieux rock indépendant anglais sans aucun doute ! Un accent inimitable, une voix à la Callagher/Ashcroft, et du son qui envoie ! Un chanteur guitariste généreux en énergie scénique et en transpiration devant un public conquis. Un batteur très inspiré, des musiciens ravis d’être là et ça se voit. Pour un peu, on se serait déshabillé (certains n’ont pas hésité d’ailleurs) en solidarité ! Très bon concert de Miles Kane. Une fin de soirée chaleureuse quoi !
Oliv | Tout a été dit, un des meilleurs concerts du week-end !
Conclusion
On quitte le Malsaucy des souvenirs plein la tête. Souvenirs musicaux et climatiques, bien entendu. Si chacun retiendra ce qu’il souhaite d’un point de vue musical, une chose reste sûre, chaque festivalier retiendra également l’apocalypse qui a sévi sur le Malsaucy samedi. Contraignants sur le coup, les orages qui ont accompagné les visiteurs au courant de ce week-end resteront finalement dans l’histoire des Eurocks, et dans les mémoires de chaque personne présente sur le site. Les orages de samedi et la boue de dimanche auront finalement été les vraies têtes d’affiche d’un festival à la programmation clairement un peu light. Certes aucun festival français n’aura réussi à boucler la programmation parfaite cette année. Mais il est indéniable que celle des Eurockéennes 2012 aura été moins alléchante que celle de l’édition 2011 qui avait vu passer Arcade Fire, Arctic Monkeys, Queens of the Stone Age, WU LYF, Beady Eye ou encore Metronomy… même si The Cure, Shaka Ponk, Alabama Shakes, Jack White, Cypress Hill ou Lana Del Rey n’ont pas démérité. Ceux qui se sont retrouvés aux Eurockéennes souhaitant ardemment un spectacle haut en couleur ont également eu de quoi se régaler avec des artistes moins connus mais qui mériteraient de l’être, entre Michael Kiwanuka, POLICA, Hanni El Khatib, Näo ou Art District.
Malgré les records en termes de fréquentation, le bilan de cette 24ème édition n’est pas éclatant, même si on avait bien senti que la programmation n’était pas la plus intéressante de ces dernières années. Le plateau offrait tout de même un choix hétéroclite apte à satisfaire l’amateur de musique et le mélomane assidu. Mêlant groupes novices et groupes confirmés, la programmation a finalement séduit le plus grand nombre. Longue vie à ce festival qui ne prend pas la grosse tête, qui propose des artistes variés, un réel lieu de découvertes, une vraie expérience musicale estivale, le tout dans un cadre exceptionnel. Vivement l’année prochaine ! On a beau râler, on t’aime bien t’inquiète !












































































































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