DedaleSonore | Paul Banks

3 ans après Julian Plenti Is… Skyscraper, Paul Banks, chanteur du génial groupe new-yorkais Interpol, a décidé de laisser de côté son nom scénique Julian Plenti (utilisé dès son arrivée dans Big Apple) pour redevenir Paul Banks, dans la vie comme sur scène. Avec son nouvel album solo intitulé Banks, Paul nous offre un disque sobre indéniablement marqué par sa patte, de la pochette (un immeuble en construction pris en photo par Banks himself au Panama) jusqu’aux titres.

Alors non, Interpol n’est pas mort et c’est tant mieux. Le groupe prépare d’ailleurs une tournée pour l’année prochaine et un nouvel album pour 2014. Sauf qu’Interpol, c’est aussi Daniel Kessler (co-leader et guitariste) qui écrit toutes les chansons de la formation américaine selon le schéma établi par les membres du groupe. L’activité solo du chanteur apparaît donc comme une évidence. Lui qui avait écrit Hands Away sur le premier album d’Interpol garde ses compositions au chaud pour les ressortir de temps à autre en tant que Julian Plenti ou Paul Banks. Vous suivez toujours ?

L’épopée solo de Paul Banks est également caractérisée par sa prise en main de tous les instruments, exceptions faites de quelques parties de batterie, à l’instar d’un Damon Albarn avec Gorillaz. Sur ce nouveau disque, Paul Banks s’affiche en artiste multitâches même s’il sera secondé par d’autres musiciens pour sa future tournée de 2013. Avec ses projets solo, l’Anglais natif de l’Essex, s’offre une liberté artistique équivoque qui fait plaisir à voir et à entendre. Dégagé de ses attaches avec Interpol, Banks livre au public ses propres compositions. La voix si singulière de l’artiste se reconnaît parmi 1000 autres, même si dernièrement, Tom Smith d’Editors, nous a fait douté plus d’une fois tant les timbres de voix des deux Anglais se confondent. Paul Banks sublime ses compositions grâce à sa voix rauque et puissante qui rappelle presque un fumeur de longue date. Philosophe dans l’âme, Banks est un érudit qui cultive son savoir par la musique. Chaque interview, ou presque, du bonhomme semble finalement très introspective, le New-Yorkais d’adoption se confiant souvent sur sa carrière musicale sans langue de bois.

Avec son nouvel album solo, Paul Banks dégaine 10 cartouches proches du son d’Interpol. Lui qui explique humblement ces similitudes par le fait qu’il a pris le (bon) pli d’Interpol évoque néanmoins une réelle approche personnelle qu’il n’a pas forcément avec la formation américaine.

J’ai toujours aimé jouer des rôles : The Base ou I’ll Sue You sont ainsi purement imaginaires. A côté de cela, certaines chansons me racontent plus, comme Over My Shoulder ou Young Again. Il en va de même dans Interpol, où le « je » est parfois « moi », mais pas toujours. De la même façon que le « lui » peut parfois être « moi » ! Mais personne ne sait vraiment ce qu’il en est, et c’est très bien comme cela.

La première cartouche, The Base, est assurément l’une des plus convaincantes. Le titre à la rythmique très entraînante assure à l’instar d’Over My Shoulder dont l’intro rappelle vaguement la géniale chanson Evil de l’album Antics d’Interpol. Deux très bons titres pour nous mettre en appétit.

En fait, tout au long des 10 titres, Paul Banks navigue entre son univers (Arise, Awake, Young Again, I’ll Sue You, Another Chance) et celui d’Interpol (The Base, Over My ShoulderPaid For That ou No Mistakes).

Young Again | Paul Banks

L’album de l’Anglais, tantôt doux, tantôt fort met tout autant sa personne en avant que son groupe de toujours dont l’influence se ressent peu ou prou dans presque tous les morceaux du trentenaire hormis Lisbon, entièrement instrumental mais un peu déconnecté du reste du disque.

Pour son retour en solo, Paul Banks nous offre un disque sans fausses notes donc, pas exceptionnel certes mais qui mérite d’être écouté, surtout si vous êtes un amateur d’Interpol. La ressemblance avec certains morceaux de l’autre vie de Paul Banks est frappante même si ce dernier ose également s’aventurer sur un terrain plus glissant à travers quelques titres très intimes et très différents de ceux qu’on lui prête habituellement. Pour vous faire une idée, vous pouvez retrouver tout l’album ci-dessous. Quant à Paul, il est également trouvable sur Facebook. Sachez enfin qu’il ne fera qu’une seule date en France, le 11 février prochain à l’Alhambra (Paris) avant un prochain retour avec Interpol !  

30 octobre 2012 Chronique

DedaleSonore | Foule

Etiez-vous déjà à un concert où vous vous demandiez comment tout ce beau monde avait réussi à se rassembler au sein d’un même lieu ?

S’il est toujours difficile de trouver des chiffres exacts, quelques concerts ressortent régulièrement lorsque l’on liste les shows qui ont rassemblé le plus de monde. Une chose est sûre, ces concerts pour le moins atypiques ont parfois attiré plus de spectateurs en une seule fois que ce que beaucoup d’artistes pourront rameuter en une carrière… Petite sélection (en vidéo) de ces moments uniques !

Simon & Garfunkel à Central Park

Mrs. Robinson | Simon & Garfunkel (New-York, USA, 1981)

Donné en février 1981, le concert gratuit de Paul Simon et Arthur Garfunkel au Central Park de New-York a réuni la bagatelle de 500 000 spectateurs (contre 300 000 prévus initialement par l’organisation). Le concert donnera naissance à l’album live The Concert in Central Park multi-récompensé.

Elvis Presley à Hawaii

Johnny B. Good & Blue Suede Shoes | Elvis Presley (Honolulu, USA, 1973)

Ce n’est pas tant en nombre de spectateurs que ce concert donné en 1973 à Hawaii impressionne mais bien par rapport au nombre de téléspectateurs qui ont été scotchés derrière leur écran pour voir le King. Premier concert télévisé en simultané dans 43 pays différents, le show attirera 1,5 milliard de téléspectateurs soit plus que pour le premier pas de l’homme sur la lune de feu Neil Armstrong 4 ans plus tôt !

Jean Michel Jarre à Paris

Oxygène – Part IV | Jean Michel Jarre (Paris, FR, 1990)

Avec 5 concerts donnés devant plus d’un million de spectateurs (Paris 3x, Moscou et Houston), Jean Michel Jarre mérite amplement sa place dans notre Give me Five. En outre, le pape de la musique électro a vendu plus de 80 millions de disques en plus de 40 ans de carrière ! La vidéo ci-dessus est extraite de son concert donné à la Défense en 1990 qui a été suivi par pas moins de 2,5 millions de spectateurs…

Monsters of Rock de Moscou, 1991

Enter Sandman | Metallica (Moscou, RU, 1991)

Highway to Hell | AC/DC (Moscou, RU, 1991)

Après des années de privations et 3 mois avant la dislocation officielle de l’URSS, Monsters of Rock, festival rock itinérant, arrive à Moscou avec plusieurs groupes de renom dont Metallica et AC/DC. Initialement, le concert maintes fois menacé d’annulation pour cause d’émeutes devait se dérouler sur la Place Rouge. Cependant, la foule était si grande que le concert a du être délocalisé sur les pistes de l’aéroport de Tushino, dans la banlieue de Moscou. Avec 1,6 million de spectateurs (les chiffres évoluent cependant assez souvent), c’est l’édition 91 du festival qui dépasse de loin toutes les autres. Notez les hélicoptères au-dessus de la foule qui donnent un côté assez irréel au show…

U2 à Los Angeles

Amazing Grace & Where The Streets Have No Name | U2 (Los Angeles, USA, 2009)

Avec les Stones, U2 aura engrangé les records. Battants le plus souvent leurs illustres aînés tournée après tournée, les 4 Irlandais ont notamment battu le record du plus grand nombre de spectateurs payants aux Etats-Unis lors du 360° Tour (un véritable show que j’avais pu apprécier à Paris : plus grosse tournée jamais faite, plus grande et plus chère scène jamais créée,…). Ce record a été établi lors de l’avant dernière date du deuxième leg (Amérique du Nord), à Los Angeles, avec 96 000 spectateurs. Autre particularité du concert, sa diffusion en direct sur Youtube.

Paul McCartney à Rio de Janeiro

Hey Jude | Paul McCartney (Rio de Janeiro, BR, 1990)

Avec 180 000 spectateurs qui reprennent le na, na, na, nananana de Hey Jude, Paul McCartney a du avoir de sacrés frissons. Ce concert dans le mythique Maracanã de Rio est à ce jour l’un des concerts payants qui a rassemblé le plus de spectateurs au monde.

The Rolling Stones à Rio de Janeiro

(I Can’t Get No) Satisfaction | The Rolling Stones (Rio de Janeiro, BR, 2006)

Le show gratuit des Stones sur la plage de Copacabana a réuni pas moins d’1,5 million de spectateurs ! Et comme c’est les Stones, ca dépote comme il faut…

Enfin, un autre concert s’est déroulé à Rio toujours sur les plages de Copacabana, pour le passage à l’année 1994. Selon plusieurs sources, il s’agirait du concert qui a attiré le plus de monde avec pas moins de 3,5 millions de spectateurs ! Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, ni les Stones, ni AC/DC, ni Metallica ou Michael Jackson n’ont établi ce record mais bel et bien Rod Stewart, comme quoi…

3 octobre 2012 Give me five

friends manifest dedalesonore

J’ai découvert Friends (le groupe) par le biais du clip de I’m His Girl. Je me suis lancé dans l’écoute de Manifest!, leur premier album ; le piège que le groupe m’avait tendu s’est refermé sur moi. Friends, c’est cinq hipsters new-yorkais (de Brooklyn, tellement plus 2012) menés par Samantha Urbani, qui font de la pop gaie, légère. Leur premier LP, Manifest! est sorti avant l’été… et me suit à la trace depuis.

Manifest! constitue une sorte d’exploration de divers styles et diverses influences, entre funk, R’n’B, disco ou afro-pop, tout en réussissant à garder une certaine unité. I’m His Girl révèle leur univers, kitch et tellement eighties, au niveau du look, des influences musicales, et jusque dans la réalisation du clip. Un premier single imparable, à la ligne de basse excellente, pop mais flirtant avec des sonorités R’n’B, qui envoute et ne lâche plus l’esprit.

A écouter aussi, A Thing Like This, un autre très bon morceau qui sonne très Jackson Five, Ruins qui est bien plus post-punk, Stay Dreaming assez dream-pop ou encore Va Fan Gör Du, très rythmée grâce à ses percussions aux saveurs tropicales.

I’m His Girl | Friends

A Thing Like This | Friends

Manifest! est un album décalé, faussement vintage mais chargé de références qui en font un disque intéressant. I’m His Girl reste le meilleur morceau de l’album, quelques autres morceaux se dégageant, et d’autres sont un peu plus décevants. Un bon premier album de la part des Friends, néanmoins un peu frustrant si on s’imagine une dizaine de morceaux de la trempe de I’m His Girl. L’album est disponible sur Amazon.


Bonus

I’m His Girl | Friends


Réécouter la playlist du mois de Juillet 2012… qui contenait déjà du Friends

17 septembre 2012 Focus

DedaleSonore | Red Hot Chili Peppers

De passage à Beyrouth en même temps que les Red Hot Chili Peppers, j’ai eu l’opportunité d’aller voir Anthony Kiedis et toute sa bande. Si depuis 1998, la formation californienne n’avait pas bougé, un nouveau venu, le guitariste Josh Klinghoffer a intégré le goupe en lieu et place de  John Frusciante.

Red Hot Chili Peppers (USA) + Pindoll (LEB)
6 septembre 2012
Beirut Waterfront, Beyrouth, Liban

Se produisant dans de nombreux stades tout autour du globe -on a d’ailleurs pu les voir dernièrement au Stade de France en juin- la venue de ce groupe mythique des années 90-00 n’est pas passée inaperçue dans un pays qui fait la fête à longueur de temps. Les 15 000 places selon la presse locale (j’aurais plutôt tablé sur 10 000) du Beirut Waterfront vendues, il ne restait plus qu’à tout ce beau monde de venir vivre un moment rock unique, get ready to rock’n’roll, baby !

Arrivé sur place accompagné par des locaux aux alentours de 19h45 (le concert étant censé débuter à 20h30), on remarque que l’on peut facilement s’engouffrer vers le devant de la scène même si nous sommes rapidement freinés par un grand espace vide qui sépare les spectateurs qui ont payé 90 000 LL (60$) de ceux qui ont payé 120 000 LL (80$). Contrairement aux concerts que j’ai l’habitude de voir où il existe un prix unique en fosse, l’organisation a décidé de séparer les fans les plus assidus prêts à dépenser encore plus pour être proches de la scène de ceux moins fortunés… J’avoue que je trouve ça bizarre. La tribune derrière nous, longtemps vide, se remplit vite à l’approche du concert si bien qu’un mur de spectateurs se dresse désormais devant les groupes qui se produiront.

Les groupes, en effet, puisqu’une première partie débute sur les coups de 20h30. Un temps programmée, Mashrou’Leila, l’une des formations phares libanaises qui a refusé de se produire sous pretexte que les Red Hot allaient jouer en Israël pour leur tournée mondiale fut remplacée au pied levé par Pindoll, autre groupe local réputé. A l’instar de beaucoup de nouvelles formations rock, ce n’est pas un chanteur mais une chanteuse qui assure le spectacle. Le show est sympa, je ne connais pas trop les chansons bien sûr sauf deux reprises, l’une des Beatles et Tainted Love de Ed Cobb (titre popularisé par Gloria Jones puis Soft Cell). Après 6 ou 7 morceaux, le groupe se décide à partir de manière insolite (aucuns remerciements, aucune annonce) mais l’essentiel est là, le public est chauffé à blanc et attend impatiemment les Red Hot. Le groupe se fera attendre de longues minutes, si bien que des hués commencent à se faire entendre après 20-30 minutes d’attente dans la fournaise du Waterfront.

Lorsque Flea, Chad Smith et Josh Klinghoffer arrivent, c’est l’effervescence. Très vite rejoins sur scène par leur chanteur, nos quatre trublions peuvent alors commencer leur show. Le son est franchement excellent tout comme la réalisation (les deux écrans géants retransmettent le show tantôt en couleurs avec quelques effets sympas, tantôt en noir et blanc, avec beaucoup de plans sur le guitariste –très bon par ailleurs- assis sur sa chaise durant tout le show).

Le premier titre joué par le groupe est Monarchy of Roses, vraiment très sympa, j’adore les moments où Josh répond à son leader Anthony Kiedis. Les titres des Red Hot s’enchaînent sans encombre et s’avèrent plutôt eclectiques puisque l’on passe rapidement d’un album à un autre (I’m With You, Californication, Blood Sugar Sex Magik, By The Way et Stadium Arcadium seront les albums mis en avant) avec quelques jolis petits moments instrumentaux entre deux titres. La basse de Fléa répondant le plus souvent à la guitare de Josh. Vraiment très sympa.

On retiendra quelques morceaux phares qui ont fait vibrer le public de manière encore plus prononcée, c’est le cas de Around The World, Otherside, Can’t Stop, Under The Bridge, le groovy Higher Ground (de Stevie Wonder), Californication, Snow (Hey Oh) qui a duré un certain temps avec un interlude instrumental d’une ou deux minutes et très bien repris par le public ou l’indémodable By The Way qui a bouclé le show avant le rappel. Un By The Way du feu de Dieu puisque j’ai rarement entendu un public chanter à ce point, j’en ai presque perdu l’audition.

Le pré-rappel est choisi par plusieurs centaines de personnes pour quitter les lieux… Etonnant. C’est aussi durant ce moment que se font entendre les notes de « po popopopo po po » qui m’agacent sérieusement, Jack White n’ayant vraiment rien à faire là dedans… Quoi qu’il en soit, Chad Smith rentre dans le trip et commence à jouer les premières notes de batterie de Seven Nation Army. Les autres membres reviennent rapidement enchaînant avec Sir Psycho Sexy, They’re Red Hot (titre écrit initialement par le très bon bluesman Robert Johnson) et Meet Me at The Corner avant de ponctuer le concert par un Give It Away qui aura eu le mérite de convaincre les plus sceptiques (si sceptiques il y a eu).

Que dire pour conclure ? Que déjà, voir les Red Hot, à Beyrouth de surcroît, m’a fait évidemment très plaisir. Que le public libanais assure vraiment, ça bouge, ça chante, c’est parfois à la limite de l’hystérie mais je n’ai pour ainsi dire rarement connu pareille ambiance en France. Et enfin, que le show a été tout simplement génial avec un enchaînement de tous leurs tubes (ou presque) et une énergie communicative (le groupe ayant l’air véritablement ravi de jouer à Beyrouth). Bref, qu’on aime ou non les derniers albums de la formation californienne, les Red Hot Chili Peppers méritent amplement leur place parmi les groupes mythiques qui ont façonné l’histoire de la musique.

Les appareils photos étant interdits, voici quelques photos officielles du Byblos International Festival  à retrouver sur la page Facebook de ce dernier.

© Wael Hamzeh

11 septembre 2012 Live Report

alabama shakes

Voyageons aujourd’hui aux Etats-Unis, plus précisément en Alabama, au large du Golfe du Mexique. Cet Etat, longtemps sujet à de violents conflits entre blancs et noirs Américains pendant la période de la ségrégation raciale a également été le lieu des premiers mouvements contestataires emmenés par Rosa Parks ou Martin Luther King. Et, tel un joli pied de nez à l’histoire, c’est grâce à certains des plus grands musiciens noirs Américains que l’Etat a acquis ses lettres de noblesses (Aretha Franklin ou encore Otis Redding ayant pour habitude de travailler là bas).

A l’évocation de ces deux musiciens de génie, nous ne pouvons que refaire un saut 50 ans plus tôt, lorsque la soul occupait une place prépondérante dans le paysage musical américain. Peu ou prou disparue de nos stations de radio, c’est avec joie que j’ai découvert Alabama Shakes, groupe originaire d’Athens en Alabama, vous l’aurez compris, qui renoue avec classe à cette période riche de l’histoire musicale. C’est que la chanteuse, Brittany Howard, en impose. Avec un timbre de voix aussi particulier, mêlant puissance et fraîcheur, l’Américaine rappelle les plus grandes divas soul de l’époque. Accompagnée depuis les débuts du groupe, en 2009, par Heath Fogg (guitare), Zac Cockrell (basse) et Steve Johnson (batterie), Brittany mène le groupe d’une main de maître pour arriver là où elle le souhaite. Après plusieurs années de tergiversations durant lesquelles le groupe a notamment joué des reprises de Led Zeppelin, AC/DC ou encore Otis Redding, les membres ont sorti, en septembre 2011, leur premier EP éponyme. Dans une interview de l’époque, Brittany confiait d’ailleurs que le groupe allait bientôt accoucher de son premier bébé (NDLR: leur album). Chose promise, chose due, puisque le 9 avril est sorti le premier disque du quatuor, Boys & Girls. Premier constat, le titre de l’album me plaît puisqu’il me rappelle immédiatement deux morceaux mythiques: Girls And Boys de Blur et Hey Boy, Hey Girl de The Chemical Brothers.

Au risque de vous décevoir, nous sommes bien loin des univers pop/rock et électro de ces deux groupes anglais. Alabama Shakes arrive sans prétention, mais non sans ambition, avec un album accessible qui se révèle être une déclaration d’amour à la soul music de nos aïeuls. Brittany Howard, la chanteuse au grand coeur nous offre avec ses 3 acolytes un bien joli disque aux origines diverses: rock, pop, blues et soul donc. Cette soul qui nous unie, nous rattache inexorablement à un passé glorieux de la musique US. Savant mélange entre une orchestration parfois minime et des Voix comme nous n’en faisons plus. Avec Boys & Girls, nous voilà replongé dans cet univers si particulier. Les 11 titres de l’album offrent à Brittany un moyen d’exprimer sa rage d’une manière diablement efficace. La lionne rugit souvent et les envolées de la chanteuse sont impressionnantes, dignes des plus grandes légendes de la soul.

Les petits riffs de gratte comme il faut, les jeux de basse et de batterie, etc. Tout est savamment pensé pour offrir à l’auditeur un bon moment : 36 minutes de pure évasion. L’album commence sur les chapeaux de roues avec l’excellent Hold On aux sonorités proches de certains morceaux de Janis Joplin.

Hold On | Alabama Shakes

L’allusion n’est d’ailleurs pas usurpée à l’écoute du reste de l’album. I Found You et ses choeurs lors des refrains vaut l’écoute, tout comme Rise to the Sun au final énergique. Goin’ to the Party constitue une petite pause à mi-parcours. Très posé, le morceau aux quelques notes de guitare et aux claquements de doigts en arrière fond dénote avec le reste de l’album mais s’avère efficace.

Brittany nous montre qu’elle n’est pas une romantique sur Heartbreaker, morceau où sa voix se retrouve presque magnifiée. Impressionnant !

De l’album, je retiendrai encore Be Mine et I Ain’t The Same, deux très bons titres dynamiques aux sonorités blues/rock.

Be Mine (live) | Alabama Shakes

Avec ce premier album rétro, Alabama Shakes tente une percée dans un paysage musical stéréotypé avec un certain brio. Le retour au premier plan de la soul music (Adele, Duffy, etc.) coïncide avec l’arrivée d’une nouvelle voix si singulière en la personne de Brittany Howard qui vous transperce littéralement. Les 11 morceaux de Boys & Girls annoncent les débuts d’un groupe qui prend le pari de nous secouer, et c’est réussi.
Plus d’infos sur le site officiel et la page Facebook du groupe. Sachez que le groupe fera un passage à la Flèche d’Or le 2 mai (Paris) avant de retourner en France cet été dans le cadre des festivals des Eurockéennes de Belfort le 1 juillet et du Musilac d’Aix-les-Bains le 13 juillet. A ne pas manquer !

18 avril 2012 Chronique

slow animal

Slow Animal est un groupe de garage-rock lo-fi venu du New Jersey au potentiel plus grand que leur renommée actuelle. Les trois membres, Alex Karaba, le chanteur, Dan Colanduno et Jason Milazzo font de la musique depuis un bon bout de temps, mais il faut bien avouer qu’il leur manque cette petite étincelle qui pourrait en faire leur activité à temps plein. L’un est toujours livreur de pizzas, pendant qu’un autre travaille dans une école et que le dernier poursuit ses activités dans un centre de remise en forme pour personnes âgées… C’est qu’en venant de Franklinville, il n’est pas toujours facile de se faire connaître.

Et pourtant il y a du potentiel dans ce groupe. Slow Animal a déjà sorti un EP, et un intéressant premier album éponyme est sorti le 29 février dernier. Ils ont eu quelques soucis à trouver un label, et comme ils organisaient déjà eux-mêmes leurs concerts, ils ont décidé d’autoproduire cet album, disponible gratuitement sur leur site.

Peut-être bien que les labels qui ont refusé ça ont de la merde dans les oreilles. Ce n’est peut-être pas l’album de l’année, mais enfin bon, ça envoie et c’est ça l’essentiel. Cet album de onze titres explosifs apporte un sentiment de bonheur communicatif. Ce n’est pas révolutionnaire, mais pourquoi ne pas le prendre comme ça vient, comme un bon moment qui donne la pêche.

Slow Animal | Slow Animal

Slow Animal est un album accessible : le groupe n’en fait pas des tonnes et entre directement dans le sujet. Bliss Brain ouvre l’album en beauté et marque les fondements de la musique du groupe : une musique réjouissante, la voix lunaire du chanteur, des guitares incendiaires et un batteur qui se donne à fond.  L’intro de Back of your Head est bien plus sombre, tout comme celle de Teenage Strange, mais l’horizon se dégage très vite. Life’s Alright est un peu plus lancinante et ouvre sur l’excellente Five Star, qui résume bien la musique de Slow Animal. L’album se poursuit avec d’autres morceaux, plus ou moins intéressants (Rather Have My Eyed Closed, Liar, Spent, Not My Girl), avant de se clore sur Heatwave et l’excellente In My Room, sur laquelle on se trémousse sans qu’on nous le demande.

Au final, l’album est un peu court, les chansons ne trainant pas en longueur là où ce n’est pas nécessaire. L’album a une unité forte, finalement peut-être un peu trop, puisqu’il peut paraître presque un peu répétitif. Mais la musique de ce groupe qui puise son énergie dans le garage-rock et sa gaité dans le surf-rock fait clairement du bien par là où elle passe. On se laisse embarquer à l’écouter d’une traite, sans accrocs, sans réellement se lasser. Un album qui on l’espère, en appellera d’autres.

5 avril 2012 Chronique

Arrange DedaleSonore

Surfant sur les sites de critiques musicales outre-Atlantique et outre-Manche – à l’orée d’une nuit hivernale pluvieuse – je suis tombé sur un artiste totalement inconnu au bataillon mais qui a éveillé mon attention (au point de louper le début de nos éternels Experts de TF1… c’est ballot…). Faits assez rares pour être signalés, j’ai écouté les deux derniers disques de l’artiste d’une traite et j’ai directement décidé d’écrire ces quelques lignes sur votre blog favori.

Arrange, projet musical porté par Malcolm Lacey, aussi connu pour être blogueur musical sur le site américain Nothing Sounds Better (ne vous inquiétez pas, aucun d’entre nous n’a pour le moment prévu de se lancer dans un projet solo) a sorti son – déjà – cinquième disque intitulé Five Years With The Sun en début d’année (un vinyle collector sortira pour l’occasion le jour de la Saint-Valentin). Avec cinq disques (EP et LP confondus) auto-produits depuis juin 2010, le jeune homme originaire du sud de la Floride a déjà bien roulé sa bosse dans le monde musical. A l’écoute de Plantation, son avant dernier disque, j’ai été très surpris par la qualité de certains morceaux, à mi-chemin entre Bon Iver et M83, curieux mélange des genres, qui s’avère drôlement efficace.

Après plusieurs recherches, j’ai pu constater que l’artiste est passé – presque – inaperçu en France voire même dans son pays d’origine. Pourtant, le jeune homme qui compose tous ses titres seul, un peu à la manière d’un Damon Albarn, affiche une vraie maturité en dépit de son âge et séduit rapidement l’auditeur. Lorsque je vous dis qu’un parallèle existe entre Malcolm Lacey et Bon Iver c’est parce que notre artiste se revendique lui même fan du groupe du Wisconsin et que ses morceaux rappellent la douceur et la poésie des titres élaborés par Justin Vernon. Doux, clairs, sombres, rapides, lents, mélancoliques, poétiques, … voilà une panoplie de qualificatifs qui pourraient coller aux chansons du jeune artiste Floridien.

Plantation et Five Years With The Sun, les deux derniers disques de l’artiste, sont ceux de la maturité artistique et sont un cran au-dessus de ses trois premiers disques, à mon goût. Avant toute chose, je déconseille fortement ces disques aux fans de death métal et de rock brut, parce que oui, ne nous mentons pas, Malcolm Lacey n’est pas là pour vous asséner un son rock bien léché. Non, ce dernier est bien là pour nous parler calmement et semble trouver en la musique un exutoire pour s’exprimer. La douceur des morceaux symbolisée par quelques notes de pianos et autres bruits environnants (animaux, rues, etc.) apaise et repose dans le stress quotidien. In Old Theaters, Tiny Little Boy, Turnpikes, Golden Neighborhoods et Blinds With You sont à l’image de ce que Malcolm Lacey sait faire de mieux sur Plantation. Les rythmes doux et entêtants élaborés par notre jeune artiste sont très efficaces. Au point qu’on était en droit d’attendre avec intérêt son dernier EP/LP.

Five Years With The Sun reprend les codes de l’artiste : sons électro, voix douce et profonde, sonorités éclectiques, etc. L’atmosphère qui se dégage de ce dernier disque se veut rassurante et chaleureuse. Loin de notre monde, les 30 minutes passées en présence de Malcolm Lacey nous déconnectent rapidement des choses. Streams/At Night, commence avec ses chants d’oiseaux avant de prendre un virage plus électro/pop qui donne à ce premier titre, un vrai dynamisme. Gone With The Snow, avec ses puissants coups de grosse caisse et ses sons presque extraterrestres surprend. La voix de Malcolm y est également modifiée, rajoutant une couche de mystère à ce morceau. Airplane Notes, juste instrumentale, continue sur le mode « extraterrestre » avec ses sons de synthé mystérieux et introduit très bien Cure, méli-mélo surprenant d’atmosphères diverses et variées. Two Garden Children avec son beat hip-hop étonne. Cet espèce de mixe entre Usher et Kings of Convenience reste non moins réussi. Mnt. Rainer me fait penser à certains moments à Intro et Where The Boats Go de M83, la présence de sons électro cosmiques (encore une fois) est marquante. C’est presque si on se croyait dans un vaisseau de l’Empire (Star Wars) à certains moments. Sun Showers, son synthé et ses guitares saturées achèvent enfin ce voyage céleste pour le moins surprenant et franchement rafraîchissant.

Surprise, voilà le mot qui qualifie le mieux cet EP et plus généralement cet artiste à mes yeux. Déroutant, presque émouvant, Malcolm Lacey réussit un pari osé en marchant sur les plates bandes d’artistes tels que Bon Iver voire M83, Air ou James Blake à certains moments. Bien moins connu que ces références musicales, Arrange gagne néanmoins à se faire connaître et à attirer les curieux.

Les albums d’Arrange sont tous disponibles sur le site bandcamp dédié au groupe. Retrouvez également, outre le dernier album Five Years With The Sun ci-dessous,  le site officiel et la page Facebook qui va bien avec.


Five Years With The Sun de Arrange sort le 14 février en vinyle collector.

26 janvier 2012 Focus

DedaleSonore | Tom Waits

Ce bon vieux Tom nous revient comme une présence rassurante par ces temps agités sept ans après son dernier album original (Real Gone) et douze ans après son dernier grand disque (Mule Variations, Grammy Award du meilleur album de folk contemporain). Nerveux, tendu, en suspension, Bad as Me nous montre une fois de plus le talent d’un artiste n’ayant plus rien à prouver. Son chant habité nous emmène là où il le souhaite, dans un monde de destins brisés, de chiens errants, d’âmes solitaires, de routes, de poussières et de vieilles bagnoles. Cet album est un concentré du savoir-faire de Tom Waits, mélange de Dylan, Screamin Jay Hawkins, Louis Armstrong ou encore Kurt Weill : Jazz rugueux de vieux big bands soiffards et déglingués (Chicago), blues-rock au son âpre et déstructuré (Raised Right Men), et vieux morceaux folks sans âges (Face to the Highway). Ce métissage confère à l’ensemble une certaine homogénéité, passant d’un univers à l’autre sans dérouter l’auditeur. Les couleurs et les tons choisis en font un album mélancolique.

L’homme a su s’entourer, avec entre autres Keith Richards (passant d’un obscur groupe de rock’n’roll sixties à guitariste dans Pirates des Caraïbes à force de consommer les cendres de son père), Fléa (issu d’un ancien groupe punk devenu hélas trop consensuel pour susciter l’intérêt, alias les Red Hot Chili Peppers…) ainsi que son fidèle compagnon, l’injustement méconnu Marc Ribot. Ce dernier, au jeu de guitare discret, est un talentueux « combleur » de silence et d’espaces vides. Par ses suites de notes d’une grande inventivité, il dessine des contours délicats, déjouant les attaques parfois brutales de Tom Waits. Ces deux là sont complémentaires et esquissent une ambiance claire-obscure, donnant à l’ensemble une atmosphère feutrée du meilleur effet. Talking at the Same Time, vieux blues bastringue met en avant le savoir-faire de Marc Ribot pour installer ce climat bleuté.

Les morceaux s’enchaînent et laissent un agréable goût de travail bien fait. Les textes parfois surréalistes sont d’une grande force évocatrice. Bad as Me, morceau éponyme, décalé et puissant est une belle réussite et confirme que Tom Waits est un poète. Les morceaux folks sont inspirés tels que Face to the Highway ou encore ou Last Leaf en duo avec son pote Keith Richards. Sa voix rocailleuse fait des merveilles dans ce registre et pose une ambiance introspective et nostalgique, légèrement désenchantée. L’ensemble est toujours teinté d’une certaine théâtralité dans la façon de chanter et injecté d’une bonne dose d’ironie fidèle au Monsieur le rendant définitivement insaisissable.

Face to the Highway | Tom Waits

Cet album forcément intemporel par essence, de structure plus accessible comparé à d’anciennes productions (Bone Machine par exemple), n’est pas pour autant sans compromis, fidèle à son créateur qui trace son sillon depuis près de quarante ans, d’une carrière sans réels faux pas, ou du moins toujours empreinte d’une grande honnêteté.

Cette absence de concessions rend l’ensemble émouvant, fruit d’un artiste anachronique, sûrement dépassé par notre époque. De l’entendre revenir chanter ses éternelles complaintes, est aussi bon que de revoir un vieil ami. Tom Waits est le compagnon des coups durs et des lendemains difficiles comme un vieux blues New Orleans. Bad as Me marque le retour de Tom Waits parmi les (sur)vivants, gardien de l’imagerie américaine racontée par les artistes beat (Kerouac en tête), cet artiste rare mérite, c’est un fait, d’être soutenu et applaudi à chaque apparition.

Et pour plus d’informations, voilà son site officiel.

13 janvier 2012 Chronique

Interpol dedalesonore

Le passage à l’année 2012, programmée selon la prédiction Maya comme étant la dernière année de votre vie je vous le rappelle, n’est plus qu’une question de jours. Si l’on risque de se souvenir de cette année comme l’on se souvient de 2001 pour les tristes évènements de New York, de 2003 pour le début de la guerre en Irak et sa canicule, de 2006 pour le coup de boule de Zidane, de 2008 comme le vrai début d’une crise financière qui n’en finit plus et de 2010 pour le fiasco de l’équipe de France en Afrique du Sud (vous noterez, au passage, le poids du football dans l’actualité), vous feriez bien d’assimiler l’année 2002 à la sortie du premier album d’Interpol, Turn On The Bright Lights. Avec notre deuxième Retour Sur…, nous tenons à rendre hommage à ce groupe qui, 10 ans après, s’est fait un vrai nom dans le paysage musical. Retour sur les origines du succès.

Interpol, drôle de nom de scène pour ces 4 musiciens New-Yorkais qui ont choisi d’adopter celui de cette fameuse organisation policière internationale basée à Lyon. The Big Apple, mégapole de près de 20 millions d’habitants recèle de talents puisque, outre le groupe qui nous intéresse, The Strokes, The National ou encore TV On The Radio ont également fait leurs gammes récemment dans les salles de la ville. Formé en 1997 par Daniel Kessler, le groupe s’est constitué autour de Paul Banks, chanteur et symbole de la formation américaine, qui voit graviter autour de lui Daniel Kessler donc (guitariste et voix), Carlos Dengler (basse, clavier) et Greg Drudy (batterie), remplacé dès 2000 par Sam Fogarino. Les 4 Américains à la vingtaine bien trempée sont encore dans l’ombre des groupes mythiques qu’a vu naître NYC: The Velvet Underground ou The Ramones en tête. Le chemin à parcourir est semé d’embûches pour Paul Banks et ses acolytes puisque le groupe aura du attendre 3 EPs pour qu’un premier label, Matador Records, s’intéresse enfin à eux. Après 3 premiers petits disques qui ont accouché de PDA, NYC et Roland, c’est l’heure de la consécration pour Interpol qui en 2002, grâce à Matador donc, sort enfin son premier album intitulé Turn On The Bright Lights. Comparé par certains à Joy Division, Interpol se fait doucement un nom dans le milieu musical grâce à cet album accueilli par une critique dithyrambique.

Le magazine Rolling Stone le classe 59ème dans le classement des 100 meilleurs albums de la dernière décennie, Pitchfork Media le distingue du titre honorifique de meilleur album de l’année 2002 et le classe à la 20ème place du classement des 200 meilleurs albums des années 2000

Si toutes ces distinctions ne manquent pas d’éveiller la curiosité des mélomanes, Interpol se place désormais comme l’un des groupes montants de la scène New-Yorkaise. Cet album puise dans les nombreuses ressources du genre Indie-rock pour nous proposer quelque chose de frais qui n’a pas pris une ride 10 ans après.

L’album commence sur les chapeaux de roues par Untitled, morceau presque entièrement instrumental et véritablement « kiffant ». Le rythme monte crescendo aux sons de la seule guitare de Daniel Kessler d’abord avant l’arrivée progressive de la batterie de Sam Fogarino et la basse de Carlos Dengler. Comme un cheveu sur la soupe, la voix de Paul Banks s’ajoute au milieu du titre avant que celui-ci baisse en intensité de façon decrescendo offrant un vrai parallélisme entre les deux parties du morceaux.

Obstacle 1 | Interpol (JTV Live, 2010)

Obstacle 1, résolument plus rock commence là encore aux seules notes de guitare de Paul cette fois-ci. Le morceau s’affiche comme l’un des plus aboutis de l’album tant l’orchestration, certes simple, est efficace. C’est également la première fois de l’album où l’on entend vraiment la voix profonde et très étrange de Paul (sensiblement similaire à celle de Tom Smith, leader des Editors). NYC, beaucoup plus calme raconte les tribulations d’un jeune homme dans la capitale Nord Américaine, si NYC est une abréviation commune à New York City, le titre signifie ici New York Cares. PDA, 4ème morceau de l’album ressemble en de nombreux points à Obstacle 1, la présence vocale de Paul est restée, les riffs simples de guitares, la profonde basse de Dengler et la batterie de Fogarino aussi. Daniel Kessler accompagne Paul lors des refrains avant d’achever la chanson après une partie instrumentale. Avec une structure similaire, Say Hello To The Angels est peut être ma chanson préférée de l’album. Interpol crée un alliage parfait entre les guitares de Paul et Daniel et la basse de Carlos qui se ressent vraiment dans cette chanson. Hands Away, morceau beaucoup plus noir, met en avant le côté dark d’Interpol. Essentiellement instrumental, le titre est marqué par la présence de violons et la voix venant des « entrailles » de Paul. Obstacle 2, Stella Was A Driver et Roland forment un superbe triptyque qui met en avant tout ce qu’Interpol sait faire (et bien faire !), nous faire bouger grâce à quelques mélodies simples mais diablement efficaces. A mon sens, l’album aurait du s’arrêter là, je suis nettement moins convaincu par les deux derniers titres, The New et Leif Erikson, beaucoup plus conventionnels et pas au niveau de ce que le groupe nous a montré jusque là (après, c’est une question de goûts).

PDA | Interpol (Milan, 2007)

Quoi qu’il en soit, cet album est une vraie pépite, assurément l’un des meilleurs de la dernière décennie et sans aucun doute le meilleur d’Interpol même si Antics (2004) s’en sort également très bien avec son fameux titre Evil. Après plus de 10 ans de carrière, Interpol, dorénavant dans la cour des grands -ils ont même assuré la première partie de U2 à quelques concerts- continue de nous régaler et de nous offrir des titres bien composés et joliment interprétés par un Paul Banks qui s’est également essayé à une carrière solo (sous le nom de Julian Plenti). Après un dernier album éponyme plus décevant, le groupe a perdu Carlos Dengler, bassiste émérite qui a souhaité tenter l’aventure solo lui aussi. Nul doute que le groupe New-Yorkais saura à nouveau rebondir et nous offrir un disque aussi enthousiasmant que ce premier album.

Retrouvez le superbe Turn On The Bright Lights ci-dessous ou sur Spotify. Et pour plus d’informations sur le groupe, voilà leur site officiel ainsi que leurs pages Facebook et Myspace.


22 décembre 2011 Retour sur...

DedaleSonore | Other Lives

Un petit billet pour vous parler rapidement d’un groupe de barbus vraiment sympa, Other Lives. Et oui, les Etats-Unis nous envoient à nouveau des bons groupes en ce moment, bien loin de Bieber et tous les bambins estampillés Disney, ça fait du bien ! Other Lives, nom très « strange » pour le coup est un groupe originaire de Stillwater dans l’Oklahoma, petite bourgade de 45 000 habitants perdue en plein milieu des States, réputée pour son… heu pour rien en fait…

Fort heureusement, cinq jeunes gens ont survécu à cet environnement hostile -même si certains n’ont visiblement jamais connu le rasoir- pour réaliser l’un des albums les plus sympas de la rentrée. Avec Tamer Animals (littéralement « dompteur d’animaux », lorsqu’on sait que l’Oklahoma fait partie de la région des Grandes Plaines qui regorge d’animaux en tout genre, c’est bien trouvé), le groupe nous pond une pop folk vraiment efficace. On sent d’ailleurs la recherche instrumentale et orchestrale qui existe au sein du groupe, fruit de leur première expérience musicale sous le nom de Kunek (ils avaient d’ailleurs déjà fait un album en 2006, Flight of the Flynns).

Sorti en mai 2011 aux Etats-Unis et le 29 août dans l’hexagone, l’album a été accueilli très chaleureusement par la critique si bien que le groupe a fait quelques dates de la tournée de Bon Iver. Difficile de comparer la folk bien particulière proposée par le groupe. Elle semble en tout cas tirer ses influences de plusieurs univers : l’opéra pour l’orchestration, le cinéma pour l’ambiance très singulière entre autres. Pianos, guitares, cuivres ou orgue, tout y passe. La multitude d’instruments apporte un vrai rythme qui nous transporte dans une époque et des lieux lointains. Après quelques écoutes, on se croirait presque en train de chevaucher un mustang à l’époque du Far West (dans les Grandes Plaines américaines justement).

Le disque proposé par le quintette US étonne. Jesse Tabish, le chanteur et compositeur du groupe est à l’origine de quelques morceaux qui valent vraiment le détour. Dark Horse en guise d’amuse-bouche avec ses relents de violons et violoncelles donne le ton. Rajoutez la voix profonde de Jesse et vous êtes face à l’un des meilleurs morceaux du disque. As I Lay My Head Down, typiquement le genre de titre qui vous transporte à travers les âges. Son intro épique, la présence des cordes, du piano et du tambourin, l’affaire est rondement menée, le titre est excellent. Arrive enfin For 12, LE single de l’album où la guitare sèche de Jesse et les violons en arrière fond nous hypnotisent. Tamer Animals, plus pop, apporte un vrai coup de fraîcheur à l’album. Nous pourrons encore retenir Desert et Landforms, deux autres très bons titres du disque.

Je vous laisse juger par vous-même afin de vous faire une idée d’Other Lives. Retrouvez le clip de For 12 qui -vous le verrez si vous avez l’œil- comporte quelques similitudes avec celui de The Ghost Inside de Broken Bells. Au cas où vous aimeriez, sachez que le groupe repart bientôt aux États-Unis assurer la première partie de Radiohead en février et mars prochains (excusez du peu). Avant ça, la formation américaine achève une tournée européenne qui la verra encore se produire dans différents pays limitrophes et en particulier à Bruxelles le 23 novembre après leur passage au Grand Mix de Tourcoing le 16 novembre. Pour plus d’informations rendez-vous sur le site officiel du groupe. Et pour être vraiment complet, vous trouverez sur le site d’Artelive le concert privé du groupe réalisé dans les locaux de la Maison de la Radio.

For 12 | Other Lives

 

13 novembre 2011 Chronique

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